Robinson Crusoé d’Offenbach : mettre les voiles vers le carrefour des Amériques
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Du 3 au 14 décembre, la nouvelle production de Robinson Crusoé d’Offenbach accoste au Théâtre des Champs-Élysées pour six représentations. L’ouvrage, rare à la scène, revient dans une nouvelle production signée Laurent Pelly avec Marc Minkowski à la tête des Musiciens du Louvre et du chœur Accentus. Dans l’équipage, les artistes Sahy Ratia (Robinson), Julie Fuchs (Edwige) et Adèle Charvet (Vendredi) feront souffler un vent d’aventure sur l’opéra-comique.

Affiche de Robinson Crusoé (1867) ©H. Colin, BnF
Robinson Crusoé à l’heure de l’Exposition universelle de 1867
Inspirée du roman culte de Daniel Defoe, cette robinsonnade lyrique, créée en 1867 à l’Opéra-Comique, se concentre sur la traversée entre deux mondes : l’Angleterre victorienne et une île caribéenne fantasmée. L’année de l’Exposition universelle de Paris, Offenbach et ses librettistes (Eugène Cormon et Hector Crémieux) profitent de la vogue de l’exotisme pour revisiter le mythe du naufragé à leur manière : entre comédie sentimentale et péripéties truculentes.
L’exotisme lyrique délaisse en effet les habituelles rives du Maghreb ou les parfums de l’Orient pour aborder l’insularité dans le delta de l’Orénoque (actuel Venezuela). Pour le compositeur, le défi est de tenter à nouveau le succès à l’Opéra-Comique, plutôt qu’au Théâtre des Variétés où triomphe sa Grande-duchesse de Gérolstein.
Caractériser l’Angleterre victorienne et l’insularité caribéenne
Dans Robinson Crusoé, opéra en cinq tableaux, chaque civilisation a ses mœurs et ses musiques. Chez la famille britannique des Crusoé, on chante la Bible en quatuor et les jeunes couples – dont Robinson et sa fiancée Edwige – dansent la gigue le dimanche (premier tableau). Le registre sentimental y enrobe les airs et ensembles tandis que l’appel des matelots du port (en coulisse) hante le jeune Robinson.
Chez les Caribéens, le registre est initialement intime pour planter le repaire du naufragé dans une nature exubérante : l’Entracte, d’une séduction toute picturale, révèle un Offenbach orchestrateur raffiné. Dans ce milieu, Robinson (ténor) et le jeune autochtone Vendredi (mezzo-soprano en travesti) fraternisent. Lorsque la fiancée britannique et les serviteurs des Crusoé accostent à leur tour sur l’île, les péripéties se multiplient. Dès lors, le registre alternativement brillant (Valse d’Edwige) ou épique prend le dessus lors de danses et marches sacrificielles des « Sauvages » à l’orchestration rutilante.
Cependant, la violence de la tribu des Pieds-Verts (troisième tableau) est détournée par le burlesque cuisinier des anthropophages dans sa joviale Chanson du pot-au-feu. Au cœur des péripéties, le rôle de Vendredi (créé par Célestine Galli-Marié) marque une surprenante évolution pour cette époque d’expansion coloniale. Du disciple soumis jusqu’à l’acculturation européenne (Berceuse), et même la rébellion, l’autochtone s’affranchit en fonction des situations amoureuses ou d’entraide aux Anglais.

Robinson Crusoe ©Vincent Pontet
Mettre les stéréotypes colonialistes à distance
Par son humour, l’œuvre esquisserait-elle une remise en question du discours colonial ? Les auteurs ont l’astuce de renvoyer dos à dos les féroces anthropophages caribéens et les « méchants » mutinés du vaisseau anglais. Ainsi, la polyphonie chorale atteint son acmé dans chaque final d’acte insulaire où les groupes sociaux contournent le choc bilatéral des civilisations.
En lieto fine, le retour des naufragés vers leur patrie pourra s’accomplir grâce aux ruses de Robinson et au courage de Vendredi, soutenu par sa tribu des Tanayos. Grâce à l’émission « Carrefour des Amériques » de Marcel Quillévéré sur France Musique, on découvre que l’ethnie des Taïnos participa de manière historique … à l’émergence des musiques cubaines !
À venir
Du 3 au 12 décembre au Théâtre des Champs-Élysées
À voir
Laurent Pelly évoque l’œuvre, sa vision et la distribution.
Aller plus loin
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