Au Grand Théâtre de Genève, après Anna Bolena et Maria Stuarda, la trilogie anglaise des Tudors de Donizetti s’achève avec Roberto Devereux (1837). La collaboration entre Mariame Clément et Stefano Montanari triomphe malgré quelques inégalités de casting.

ROBERTO_DEVEREUX_GTG-C-DOUGADOS_MAGALI

Crédit photo : Dougados Magali

Cheville ouvrière de cette entreprise, la metteuse en scène Mariame Clément assure la continuité dramaturgique et tisse un fil rouge en procédant à des rappels récurrents entre les trois œuvres dans des décors de Julia Hansen qui reprennent ici un certain nombre d’éléments comme la salle du Palais de Westminster ou le paysage forestier. Seule la chambre où la duchesse de Nottingham trompe son mari apporte un élément de diversion quelque peu décalé. Les costumes contemporains des interprètes tranchent avec les habits d’Élisabeth Ière en collerette, à l’image des portraits officiels de l’époque.

Pour sa prise de rôle de la reine amoureuse mais en fin de parcours, Elsa Dreisig triomphe d’une partition aux multiples écueils avec une ligne de chant d’une parfaite tenue même si la voix n’est pas typiquement belcantiste. Plus réservée, Stéphanie d’Oustrac incarne Sara, duchesse de Nottingham – son amie qui la trahira – sans la présence qu’on lui connaît habituellement. Du côté des hommes, le résultat est très inégal : Nicola Alaimo en Lord duc de Nottingham impressionne par son autorité stylistique, tandis qu’Edgardo Rocha, en Roberto, comte d’Essex, malgré son engagement, ne se situe pas sur les mêmes cimes. Les personnages secondaires, membres du Jeune Ensemble donnent le change avec bonheur. La direction musicale précise de Stefano Montanari ainsi que son sens de la pulsation assurent aux chanteurs une sécurité et ce sens mélodique qui avait fait défaut à ses prédécesseurs dans Anna Bolena et Maria Stuarda. L’Orchestre de la Suisse Romande et les excellents Chœurs du Grand Théâtre préparés par Mark Biggins bénéficient d’un travail en profondeur où la dimension théâtrale est toujours présente. Nombreux rappels du public qui fait fête à cette production.

Genève, Grand Théâtre, le 31 mai.