À Vienne, Salieri sort enfin de l’ombre de Mozart. Une nouvelle production de son Cublai, grand khan de’ Tartari exhume ce drame satirique, interprété par Les Talens Lyriques, dirigés par Christophe Rousset, dans une mise en scène tout simplement brillante.

Kublai Khan ©_Herwig_PRAMMER

Crédit photos : Herwig Prammer

Cette fois, on va enfin pouvoir enterrer le mythe Amadeus, les efforts entrepris depuis plusieurs années par Christophe Rousset finissant par porter leurs fruits. Avec Cublai, grand khan de’ Tartari, le Theater an der Wien offre à Salieri une double revanche : d’abord, parce que la création de ce « drame héroï-comique » avait été annulée en 1788 pour des raisons politiques (sous les traits de Kubilaï, le librettiste dépeignait Pierre le Grand, satire rendue indésirable par l’alliance de l’Autriche avec la Russie) ; ensuite, parce que toute l’équipe artistique tire le compositeur de l’ombre de Mozart.

Kublai Khan ©_Herwig_PRAMMER

La mise en scène de Martin G. Berger revisite brillamment l’œuvre en y faisant intervenir Salieri lui-même et en y injectant une irrésistible drôlerie. La Tartarie devient une chocolaterie productrice de « Kublai Kugeln », en pleine mutation sociale sur fond de guerre russo-ukrainienne. Les Talens Lyriques mettent en relief les beautés de la partition, notamment les airs et duos du couple d’amoureux, bien servi par la voix légère du ténor Alasdair Kent et le timbre plus corsé de Marie Lys. La distribution réunit un bel ensemble de basses bouffes italiennes – Carlo Lepore dans le rôle-titre, Giorgio Caoduro et Fabio Capitanucci – complété par le Croate Leon Košavić. À la piquante Memma d’Ana Quintans revient la décision de faire raser les barbes des Tartares, le seul à conserver sa pilosité étant paradoxalement le fils du Khan, interprété en travesti par Lauranne Oliva, dont la voix primée ici et là n’a qu’en toute fin de parcours l’occasion de briller.

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