On va « s’en fourrer jusque-là ! » Le célèbre couturier signe sa toute première mise en scène d’opéra, une « Vie parisienne » de Jacques Offenbach dont il dessine aussi décors et costumes. Champagne !

Christian Lacroix

Christian Lacroix
© Abacapress via Alamy

Quelle fut votre première émotion musicale?

Entre 5 et 10 ans, probablement la Callas au moment de la rivalité avec la Tebaldi. Il y avait une émission de radio de musique classique le dimanche à l’heure du déjeuner en ce milieu des années 1950. Mon grand-père préférait la pureté de la Tebaldi, et je n’osais pas dire le sang, l’alcool fort, le bouleversement que je ressentais dans tout mon être en entendant la Callas.

Et la plus récente?

Pas si récente. Trois productions à Bastille, le Tristan de Sellars et Viola, le Moses de Castellucci, De la maison des morts de Chéreau.

Quelle place occupe la musique dans votre vie?

Sous perfusion, France Musique, toute la journée, en ville. Je sais que cela peut paraître trop « décoratif » ou « ambiant » mais j’écoute le faux silence à la campagne.

Jouez-vous ou avez-vous joué d’un instrument? Si non, de quel instrument aimeriez-vous jouer?

Hélas non, et je ne connais rien au solfège, je n’ai aucune oreille. J’aurais aimé le piano, ou faire partie d’un chœur.

Comment avez-vous découvert la musique classique?

La Cinquième de Beethoven en boucle chez le voisin quand j’étais tout petit, puis la mère de ce voisin m’a fait écouter du classique. Et à Arles, nous avons le culte de Carmen et de Mireille, représentés chaque été à l’époque. Il y a eu aussi les retransmissions des Mozart d’Aix.

Quels sont vos compositeurs préférés?

Cela dépend des jours : Bach, Purcell, Campra, Ravel, Poulenc, Strauss, l’opéra italien, Wagner, Haendel, Debussy, Brahms mais plus des morceaux ou des œuvres que des musiciens.

Quels sont les compositeurs qui ne vous attirent pas?

J’ai du mal j’avoue avec une certaine musique radicalement contemporaine mais mon père me disait qu’on ne pouvait pas dire ne pas aimer avant de goûter, regarder, écouter longtemps. Jeune adolescent, Wagner et Strauss me semblaient bien sûr moins aimables que Verdi, mais à force d’écoute je suis tombé dans leur extase.

Quelle est l’œuvre que vous placez au-dessus de tout?

Cela dépend des jours aussi, cela peut aller de la Passion selon saint Matthieu au Chevalier à la rose en passant par Tristan ou les Dialogues des carmélites.

Quel(s) est (sont) votre (vos) interprète(s) de musique favori(s)? Pourquoi?

Je ne suis pas assez connaisseur. Je reste souvent sur les interprétations écoutées adolescent. Comme Pablo Casals. Pour la voix : Callas, Kathleen Ferrier et Alfred Deller.

Quel est votre opéra préféré?

Ariane à Naxos, je crois, mais aussi Macbeth, Adriana Lecouvreur, Manon de Puccini.

Dans votre famille, qui vous a initié à la musique?

Un de mes grands-pères avait joué du violon, l’autre chantait bien, l’Ave Maria de Gounod a capella avec ma vieille arrière-grand-mère. Mais je me suis « formé » seul.

Vous écrivez un livret d’opéra. Quel compositeur (mort ou vivant) pour le mettre en musique?

Dusapin si on doit collaborer « live » ! Strauss sinon.

Avez-vous rencontré des musiciens? Que vous ont-ils apporté?

Je n’en ai pas eu vraiment l’occasion, ou alors bien sûr des chefs comme René Jacobs.

Quels sont les trois disques que vous emporteriez sur une île déserte?

Je crois que je préférerais écouter les vagues et le vent : j’aurais peur de me lasser des meilleurs. J’ai besoin de diversité. Une radio plutôt. Mais toujours les mêmes : Bach, Strauss, Verdi.

Qui pour jouer à vos funérailles?

Renée Fleming pour chanter Strauss, Philippe Herreweghe pour le Requiem de Campra. Rien que ça !

Quelle définition pour la musique?

L’indicible, au-delà du verbe.

Quelle musique pour être joyeux?

Des airs de zarzuela par Berganza.

Quelle musique pour entrer au plus profond de sa tristesse?

O Solitude, my sweetest choice de Purcell.

Quelle musique pour tout remettre en place dans sa tête et dans son cœur?

Bach.

Quelle musique pour célébrer Dieu?

Toutes.

Comment pourriez-vous définir l’effet de la musique sur la sensibilité humaine?

Transcendance, méditation.

Quel est l’écrivain qui vous semble le plus musical?

Angot quand elle lit elle-même ses textes. Rimbaud, Verlaine, Delteil.

Quel est le peintre dont vous entendez la musique?

Les primitifs italiens ou allemands, Mark Rothko.

Quel est le bâtiment ou monument qui pourrait selon vous correspondre à l’expression de Goethe, «musique pétrifiée»?

Ronchamp par le Corbusier ou tout simplement le Palau de la Música Catalana de Barcelone (photo).

Quel est le lieu naturel qui vous semble comme une symphonie?

La traversée des Alpes en train vers la Suisse.

Qu’entendez-vous dans le silence?

L’univers.

Quelle musique pour accompagner votre mort?

« Ombra mai fu » du Serse de Haendel ou pourquoi pas du Chopin, qui m’a accompagné longtemps adolescent.

Quel compositeur pour ressusciter les morts?

Les orgues de Buxtehude.

Quelle œuvre pour célébrer la vie?

Le Concert Champêtre de Poulenc.

Avec qui partager vos musiques préférées?

Personne ou une salle entière.

La Vie parisienne sera donnée à l’Opéra
de Tours les 3, 5 et 7 décembre et au Théâtre des Champs-Élysées, à Paris, du 21 au 31 décembre et du 2 au 9 janvier 2022.