Un nouveau Pygmalion plus une découverte
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Parmi les œuvres lyriques courtes de Jean-Philippe Rameau, Pygmalion arrive incontestablement en tête de la discographie. La plupart des chefs baroqueux et des hautes-contre à la française ont eu à cœur de graver cet acte de ballet, depuis Nicholas McGegan (Erato, 1979) et Gustav Leonhardt (Deutsche Harmonia Mundi, 1980) pour les pionniers, William Christie (Harmonia Mundi, 1991) et Hervé Niquet (Fnac Music, 1992) pour la « génération Atys », jusqu’à Christophe Rousset (Aparté, 2017) ou Camille Delaforge (Château de Versailles Spectacles, 2024).
Le label Château de Versailles Spectacles récidive, cette fois en adoptant l’orthographe moderne, Pygmalion plutôt que Pigmalion, pour une version où le chef et l’interprète du rôle-titre ne font qu’un : Reinoud Van Mechelen à la tête de son ensemble A nocte temporis.
Chaleur du timbre et sens dramatique pour un Pygmalion inspiré
Alors, un Pygmalion de plus ? Pas seulement. Face à certains de ses concurrents chez qui l’on admire la fermeté de la diction ou l’agilité de la vocalisation, le ténor belge s’impose par de tout autres atouts (chaleur du timbre, caractère rêveur et mélancolique du personnage) tandis que le chef dirige une version colorée et théâtralement équilibrée, sans excès dans les tempos ou les accents.

Du reste de la distribution, on retient avant tout l’Amour d’une fraîcheur exquise de Gwendoline Blondeel et la Céphise de la soprano canado-macédonienne Ema Nikolovska, au français châtié et au solide tempérament dramatique. Virginie Thomas, pour sa part, joue à fond la carte de la froideur marmoréenne dans le rôle de la Statue, ce qui peut sans doute se comprendre.
Zémide de Pierre Iso : la découverte d’un baroque oublié
Mais comme Pygmalion est par définition une œuvre brève, il faut généralement, au disque, lui trouver un complément. Probablement à l’initiative de Benoît Dratwicki, Reinoud Van Mechelen y associe Zémide, acte quasi contemporain et de durée équivalente, d’un compositeur oublié, le peu prolifique Pierre Iso, dont même les dates de naissance et de décès restent incertaines (ca.1715-ca.1794).
Dans Zémide, on reconnaît une écriture habilement conçue pour la scène, avec notamment cet épisode où l’héroïne, rétive au tendre sentiment, s’apprête à capturer l’Amour pour le désarmer (évidemment, c’est l’inverse qui finira par se produire). Le rôle convient à merveille à Ema Nikolovska, tandis que Gwendoline Blondeel revient en Amour toujours, Philippe Estèphe complétant dignement ce trio. Comme dans Pygmalion, le Chœur de chambre de Namur, qu’on ne présente plus, livre une prestation impeccable.
Informations pratiques
- Compositeurs : Jean-Philippe Rameau (1683-1764) et Pierre Iso (ca.1715-ca.1794)
- Œuvres : Pygmalion. Zémide
- Interprètes : Gwendoline Blondeel (L’Amour), Virginie Thomas (La Statue), Ema Nikolovska (Céphise, Zémide), Reinoud Van Mechelen (Pygmalion et direction), Philippe Estèphe, Chœur de Chambre de Namur, A nocte temporis
- Label : Château de Versailles Spectacles CVS174 (1 CD)
- Année d’enregistrement : 2024
- Durée : 1 h 28 min




