Les enjeux de la nouvelle saison musicale de Radio France

Published On: 10 avril 2026|
Temps de lecture : 7 minutes

L’arrivée d’un nouveau chef à la tête de l’Orchestre Philharmonique de Radio France, le départ de l’actuel directeur musical de l’Orchestre National de France, la collaboration entre les quatre formations musicales de Radio France, la politique artistique… Michel Orier, directeur de la musique et de la création à Radio France, dévoile l’horizon de la saison 2026-2027. ​

Vous êtes directeur de la musique et de la création à Radio France depuis dix ans. Quelle est votre mission ?

Michel Orier : La direction de la musique et de la création doit donner corps aux objectifs de Radio France relatifs à la musique classique et contemporaine. C’est-à-dire faire en sorte que les œuvres des cinq siècles de musique que nous couvrons puissent être restituées au public le plus large possible, au plus haut niveau d’interprétation. Plus concrètement, ma première mission a été d’œuvrer à la reconnaissance des quatre formations musicales de Radio France : les deux orchestres, le chœur et la maîtrise.

Le résultat est que la fusion des deux orchestres, l’Orchestre National de France et l’Orchestre Philharmonique de Radio France, souvent évoquée par la Cour des Comptes n’est plus à l’ordre du jour. Il fallait également veiller à la progression de ces quatre formations, instruments essentiels à la survie du répertoire, disposant par ailleurs de l’Auditorium de Radio France, susceptible de recevoir 1 500 personnes dans un cadre somptueux et une acoustique fabuleuse.

Ces quatre entités se rencontrent-elles ? Envisagent-elles ensemble les programmes de façon à éviter les doublons autant qu’à développer des projets communs ?

M.O. : C’était un des grands problèmes qui préexistait : chaque formation, notamment les deux orchestres, était dans son couloir sans voir ce qui se passait à côté. Il n’y avait pas de comité de programmation à la Direction de la Musique. Y remédier a été un de mes premiers travaux. Il était en effet très important aussi de vérifier que les deux orchestres aient des champs différents même si, évidemment, ils investissent un répertoire commun.

L’Orchestre Philharmonique de Radio France reste ainsi très impliqué dans la création et va en assurer vingt-neuf premières. Vingt-neuf œuvres nouvelles commandées ou co-commandées par Radio France. C’est une mission essentielle pour laquelle j’ai obtenu, malgré une période difficile, le doublement du budget alloué à la création. Chaque année, la maison passe quelque quatre-vingt commandes, distribuées, bien sûr, sur des formats très différents et pas exclusivement destinées aux deux orchestres : il y en a beaucoup pour le chœur, il y en a pour la maîtrise, comme pour l’émission d’Anne Montaron sur France Musique, autrefois intitulée Alla breve, désormais Création mondiale.

À propos des deux orchestres, comment se passe le travail avec leurs responsables ?

M.O. : C’est un travail collectif, pas seulement avec les deux délégués généraux des orchestres mais des quatre formations : Jörn Tews pour l’Orchestre National de France, Jean-Marc Bador à l’Orchestre Philharmonique de Radio France, Jean-Baptiste Henriat pour le Chœur de Radio France, qui va bientôt prendre la direction générale de l’Orchestre de Lille, et Maud Rolland pour la Maîtrise de Radio France.

Nous nous réunissons en un comité éditorial, auquel participent également Pierre Charvet, délégué à la création musicale, et Denis Bretin, secrétaire général, une fois par mois environ pour définir les axes des saisons à venir. Cela peut être des anniversaires comme les 80 ans de Gidon Kremer, les 100 ans de György Kurtág, les 200 ans de la mort de Beethoven, pour la saison prochaine mais aussi des thématiques, des artistes que l’on désire inviter, des solistes de renom ou de jeunes chefs. Chacun réfléchit dans son coin et partage ensuite ses idées.

Les musiciens des orchestres sont-ils consultés ?

M.O. : Oui, bien sûr. C’est ainsi qu’ils ont dit apprécier le travail en profondeur avec Jaap van Zweden, pour le Philharmonique, et avec Cristian Măcelaru, pour le National. Et puis on attend aussi leur avis sur les jeunes chefs que Radio France se plaît à faire découvrir. N’oublions pas que le premier concert de Klaus Mäkelä à Paris était avec le Philharmonique ! Le jeune Allemand Thomas Guggeis a fait forte impression et viendra diriger chacun des deux orchestres la saison prochaine.

Comment sont choisis les artistes en résidence et que doivent-ils assurer ?

M.O. : Ce sont évidemment des solistes, choisis en accord avec les délégués des orchestres, que nous souhaitons accueillir pour un parcours en plusieurs étapes, trois, quatre, voire davantage. Ils doivent travailler avec les deux orchestres, partager la musique de chambre avec les membres des orchestres et donner des récitals. Pour cette saison 2025-2026 nous sommes très heureux de recevoir Frank Peter Zimmermann, violoniste prodigieux (1). La saison prochaine affiche la violoniste Julia Fischer, la jeune organiste Alma Bettencourt, le pianiste Emmanuel Ax, le violoncelliste et chef Nicolas Alstaedt, le Quatuor Modigliani et le compositeur Philippe Manoury.

La cheffe lituanienne Mirga Gražinytė-Tyla, régulièrement présente à Radio France, est nommée première cheffe invitée de l’Orchestre Philharmonique pour trois saisons. Qu’est-ce que cela signifie ?

M.O. : Elle collabore en effet avec l’orchestre depuis plusieurs années et a présenté, notamment un cycle Chostakovitch / Weinberg en novembre 2025. La relation avec les musiciens est excellente et c’est une façon de le signaler. Nous étions très heureux qu’elle accepte ce titre car elle ne s’engage pas à la légère.

La prochaine saison est aussi marquée par une arrivée et un départ. L’arrivée de Jaap van Zweden comme directeur musical de l’Orchestre Philharmonique de Radio France, et le départ de Cristian Măcelaru de la direction de l’Orchestre National de France.

M.O. : L’arrivée du premier est un enjeu important car elle s’inscrit dans le parcours d’un orchestre qui n’a cessé d’évoluer sur une pente ascendante par son travail avec Marek Janowski, Myung-Whun Chung et Mikko Franck. Cristian Măcelaru quitte le National après sept années passées à sa tête, sept années qui ont vu son niveau encore s’élever, avant de passer la main à Philippe Jordan, à partir de septembre 2027, dont on attend bien sûr beaucoup.

La brochure de la saison 2026-2027 souligne également une série de vingt concerts courts. Est-ce une façon d’approcher un autre public ?

M.O. : Nous avons constaté, après le Covid, que certains spectateurs ne voulaient ou ne pouvaient pas toujours consacrer toute une soirée à un concert. C’est pourquoi nous proposons des rendez-vous d’une heure environ. Et puis il faut aussi comprendre que les usages ont changé, que les mélomanes ne veulent pas seulement écouter de la musique mais éventuellement retrouver des amis avant ou après, partager un moment. Une formule courte peut alors s’insérer dans des agendas de plus en plus contraints.

Le festival de musique contemporaine, Présences, sera consacré en février 2027, à Arvo Pärt. Cela risque de ne pas plaire à tous les amateurs. Certains le jugent conservateur ou pas assez avant-gardiste…

M.O. : La programmation, établie sur proposition de Pierre Charvet, se veut de plus en plus ouverte et variée. Mais programmer Steve Reich ou Arvo Pärt n’interdit pas de célébrer Wolfgang Rihm, George Benjamin, Pascal Dusapin, Tristan Murail, Unsuk Chin, Olga Neuwirth ou Georges Aperghis, comme cette année 2026. Il faut ouvrir ses oreilles. Et Arvo Pärt est un compositeur majeur de notre époque.

Quel est le rapport entre les formations musicales de Radio France et France Musique ?

M.O. : Il est congénital, bien sûr. Mais il faut préciser que le rapprochement avec France Musique s’est resserré depuis quelques années. Pendant longtemps, le directeur de la Musique a également piloté France Musique. Ça ne l’est plus et il y a un excellent directeur à la tête de France Musique qui s’appelle Marc Voinchet avec un bras droit formidable, Stéphane Grant. Cette concertation évite de travailler chacun dans son coin et d’enrichir les deux entités. Cela permet, par exemple, de développer des recherches sur les compositrices, Elsa Barraine ou Charlotte Sohy. La puissance de diffusion de France Musique permet d’ajouter aux 1 500 spectateurs de l’Auditorium ses 135 000 auditeurs par soir de concert. C’est considérable !

Comment se conçoit la programmation du festival de Radio France Occitanie Montpellier ? Est-ce une vitrine, un prolongement de la saison ?

M.O. : C’est plutôt un laboratoire, un temps particulier, une intensité autre, qui met une ville en vibration à raison de plusieurs rendez-vous quotidiens et d’une bonne quinzaine de captations relayées par des radios étrangères. C’est une expérience très importante qui nous installe dans un paysage de travail radicalement différent et permet aussi d’inviter d’autres formations.

Le festival n’affiche plus les raretés lyriques que certains attendaient à chaque édition, les Fedra de Pizzetti, Fervaal de d’Indy, Thérèse de Massenet…

M.O. : C’était la marque de René Koering. Il ne faut pas oublier que, dans le Sud de la France, se tient le Festival d’art lyrique d’Aix-en-Provence, ni que Montpellier possède un opéra et une saison lyrique. Le festival peut alors suivre une autre orientation, symphonique, comme c’est désormais le cas. Ce qui n’interdit pas la voix, ni l’opéra ! Il y aura notamment Didon et Énée de Purcell et Tristan et Isolde de Wagner. Une rareté absolue à Montpellier !

(1) Prochains concerts de Frank Peter Zimmermann les 30 avril, 4, 5, 6 et 7 mai, à Paris et en province.

(2) Festival de Radio France Occitanie Montpellier, du 5 au 18 juillet 2026.

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