Nous sommes sur le campus d’une des meilleures écoles du monde, le Rosey de Rolle, au bord du lac Léman. Face à l’internat, une salle de concert de 900 places. Dans ce bijou de béton, de bois et de verre, un marathon : l’intégrale de la musique pour piano et orchestre de Rachmaninov en deux soirées par Mikhaïl Pletnev, le Rachmaninov International Orchestra et Kent Nagano.

Crédit photos :  Aurelia Thys

Les Variations sur un thème de Paganini et le Concerto pour piano n° 3 (premier soir), puis les Concertos nos 1, 4 et 2 (deuxième soir) ; sans compter les deux générales où tout le programme est joué l’après-midi. Une pure folie ! Il semble pourtant que le « fou » pourrait tout refaire dans la nuit. Du reste, il rejouera un extrait du finale du Concerto n° 3 en forme de bis. Sans doute pour les caméras de Mezzo et Medici ou les micros d’Euroarts posés pour immortaliser ce moment.

Mikhaïl Pletnev dans les concertos de Rachmaninov, c’est le contraire du clinquant et du kitsch. Aucun cliché sur l’âme russe ne pénètre son esprit. Pourtant rarement le thème en mineur qui ouvre le Concerto n° 3 n’aura semblé aussi empreint de noblesse. Le déluge de virtuosité qui suit n’est jamais tapageur, toujours souverain.

Tel un bonze à son Kawaï, le pianiste russe est immobile pour laisser la musique se déployer sans geste inutile. C’est à la fois pensé, structuré, et totalement libre, presque improvisé. Et toujours sensible. Une telle concentration de moyens tient du prodige. On pense au grand calme intérieur d’un David Oïstrakh.

La balance avec le Rachmaninov International Orchestra est parfaite. Ami de Pletnev depuis de longues années, Kent Nagano est l’homme de la situation par son engagement au service du projet, et son talent sans le moindre ego. Après les Variations Paganini, on ne se dit pas : « Comme c’est envoyé ! », mais « Quel chef-d’œuvre ! » car chaque variation est un enfant génial, différent des autres et issu de la même mère.

Pletnev commence le fameux Concerto n° 2 sans traîner. Pas de fausse profondeur ! Le sentiment s’exprime de lui-même comme si ce n’était du ressort de l’interprète. Il en sort magnifié dans le grand arc du finale où rien ne presse, car jamais un soleil ne court.

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