Le Quatuor Voce au cœur des paysages musicaux argentins

Par |  

Published On: 20 juillet 2026|
Temps de lecture : 3 minutes


Des rythmes populaires aux grandes œuvres de Ginastera et Piazzolla, le Quatuor Voce explore les multiples facettes de la musique argentine. Un programme ambitieux où folklore, musique de chambre et création contemporaine composent un voyage entre les Andes et la pampa.

Habitué des programmes atypiques, le Quatuor Voce a souhaité célébrer des figures musicales saillantes d’un pays qui lui est cher depuis sa tournée de concerts à Buenos Aires et à Rosario. Les personnalités convoquées sont des emblèmes de la musique populaire argentine qui s’abreuvent à la source des danses (cueca, huayno, tango, malambo, milonga, baguala, chacarera, zamba), instruments (le charango et ses cordes scintillantes) et chants (baguala, grito) traditionnels, ou bien des artistes « savants » qui s’y réfèrent ponctuellement.

Ginastera et Piazzolla, figures majeures de la musique argentine

Le versant serioso du programme est incarné par Alberto Ginastera (1916-1983), certainement l’un des grands compositeurs du siècle dernier. Son Quatuor à cordes n° 1 (1948) témoigne de la jeune maturité d’un compositeur encore marqué par l’influence de Bartók alors que l’extraordinaire Sonate pour guitare de 1976 campe un chef-d’œuvre impressionnant par son âpre énergie, la richesse de ses climats et une invention suprêmement élaborée. Voilà peut-être, s’agissant de la guitare au XXe siècle, l’équivalent de la Sonate pour violoncelle seul de Kodály.

Autre figure importante ici présente : Ástor Piazzolla (1921-1992), musicien hanté par la forme du tango mais dont le talent et l’invention excèdent largement ce modèle chorégraphique, comme en témoignent Loving (dans sa version pour quatuor à cordes et bandonéon) et Four for Tango. Les Voce ont également passé commande à de jeunes compositeurs argentins.

Le Gardel picado de Fernando Fiszbein, né en 1977, se veut une évocation déconstruite de Carlos Gardel dans laquelle le quatuor, la guitare, les collages électroniques et autres manipulations sonores proposent un jeu de piste à l’auditeur. Passé l’effet de curiosité, je n’y perçois pas davantage qu’une proposition chaotique ne renvoyant qu’à elle-même. Plus intéressantes, les trois courtes pièces de Gabriel Sivak (né en 1979), Ajenas vacas arreando, rendent un hommage incantatoire à l’admirable chanteuse et folkloriste Leda Valladares (1919-2012).

Les jeunes compositeurs argentins à l’honneur

Sans pouvoir les détailler, on salue le charme évocateur de toutes les autres partitions qui sont en fait des arrangements, pour bandonéon (Aníbal Troïlo), alto et bandonéon (Juan Bautista Domingo Rezzano, Ricardo Vilca), violon, violoncelle et bandonéon (Juan Carlos Cobián, Alfredo Gobbi), quatuor à cordes (Gustavo « Cuchi » Leguizamón), quatuor et bandonéon (Julio de Caro, Cobián, Sebastián Piana, Atahualpa Yupanqui).

La réussite du projet ne serait pas la même sans des interprètes aussi éloquents et virtuoses que Pablo Márquez et Jean-Baptiste Henry. Quant au Quatuor Voce, son jeu profondément ressenti, chaloupé ou lancinant, syncopé ou griffu, nous convie à un véritable voyage en chambre au-dessus des paysages andins et de la pampa. À écouter en dégustant une infusion de maté.

Informations pratiques

  • Titre : Figures argentines
  • Compositeurs : Alberto Ginastera, Ástor Piazzolla, Fernando Fiszbein, Gabriel Sivak et divers
  • Interprètes : Quatuor Voce, Pablo Márquez (guitare), Jean-Baptiste Henry (bandonéon)
  • Label : Alpha Classics 1218 (2 CD)
  • Date d’enregistrement : 2024-2025
  • Durée : 1 h 55 min

Inscrivez-vous à notre newsletter

Vous avez apprecié cet article ?

Chaque vendredi à 13h, recevez une sélection exigeante d’analyses et de recommandations autour de la musique classique.

Partagez cet article, choisissez votre plateforme!

Articles similaires