Quatre saisons de plaisir au Bayreuth Baroque Festival

Par |Published On: 17 septembre 2024|

La cinquième édition du Bayreuth Baroque Festival a convié une splendide production de l’Orlando Furioso de Vivaldi produite par les théâtres de Ferrare et de Modène.

Bayreuth Baroque Festival ©Marco Caselli Nirmal

Crédit photo : Marco Caselli Nirmal

Marco Bellussi signe en effet un spectacle tout en élégance se déroulant à l’intérieur d’une boîte à miroirs qui, au gré des scènes, ouvre ou étouffe la perspective. En fond de scène, le royaume d’Alcina est une forêt flottante, brumeuse ou verdoyante, enneigée ou agitée, superbement rendue par le mapping vidéo de Fabio Massimo Iaquone. L’intervention de Bradamante fera habilement apparaître l’empreinte des logiciels sous l’illusion bucolique. Quelques meubles de jardin complètent le dispositif scénique, l’essentiel étant la subtilité des gestes et la finesse du jeu. L’intemporalité règne et le regard passe avec fluidité du dressing room d’une vamp hollywoodienne à un XVIIIe siècle en rouge et noir. Orlando est vêtu d’une houppelande et d’une chemise à jabot qui, lors de sa folie, se fera camisole de force. Autant d’images fortes qui restent, comme le fut le fastueux lustre noir dans l’Orlando Furioso de Pierre Audi (Théâtre des Champs-Élysées, 2011).

Des contre-ténors exceptionnels

À Bayreuth, cité des chanteurs d’élite, la distribution de contre-ténors est exceptionnelle. Yuriy Mynenko et sa virilité fragile habitent le rôle-titre. Tim Mead offre l’un des plus élégiaques Sol da te, mio tesoro jamais entendu. Tendresse sans faille, capacités du souffle, notes étirées sur les volutes de la flûte solo, le contre-ténor anglais suspend le temps. Les dames sont dominées par l’Alcina impérieuse de Giuseppina Bridelli et la Bradamante de Sonja Runje. Belles couleurs également chez l’Angelica d’Arianna Vendittelli. La direction de Francesco Corti gomme cependant toute séduction à « Tu sei degl’occhi miei » dont l’interprétation de Victoria de los Angeles (Erato, 1977) reste inégalée. S’il n’éprouve pas l’ensemble Il Pomo d’Oro, le choix de tempos sans cesse frénétiques met plus d’une fois les chanteurs en péril (José Coca Loza), gênant la pleine éclosion du chant. On peut préférer l’approche vivaldienne plus balancée d’un Ottavio Dantone ou d’un Thibault Noally.

Pour plus d’informations

Bayreuth, théâtre des Margraves, le 11 septembre.