Psyché, quand Ambroise Thomas savait rire

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Published On: 14 novembre 2025|
Temps de lecture : 2 minutes

Grâce aux sopranos colorature et aux barytons alléchés par des rôles payants, le Hamlet d’Ambroise Thomas n’est plus la rareté qu’il était devenu. Même l’Opéra de Paris a fini par surfer sur la vague en y allant de sa nouvelle production (Krzysztof Warlikowski, 2023). Le sort de Mignon, jadis pilier du répertoire de l’Opéra-Comique, semble un peu moins enviable, trop peu de mezzos ayant voulu s’imposer dans le rôle-titre. Avec un peu de chance, tout cela pourrait changer, car le Palazzetto Bru Zane révèle avec cet enregistrement de Psyché un visage infiniment séduisant d’Ambroise Thomas.

L’opération a pourtant bien failli capoter : le Covid a eu raison, en 2020, de deux distributions différentes prévues pour cet enregistrement, et c’est seulement en février dernier que le Centre de musique romantique française a pu mener à bien un projet conçu de longue date.

La redécouverte d’un opéra joyeux

Le disque confirme le ravissement dans lequel l’exécution de concert, à Budapest, avait pu plonger l’auditoire. Dans cette Psyché de 1857, remaniée en 1878 (la version gravée s’efforce de conserver le meilleur des deux versions), on apprend qu’Ambroise Thomas savait rire, chose dont on se souviendrait peut-être si son opéra-bouffe Le Caïd était parfois redonné. Messieurs Barbier et Carré, les très sérieux librettistes de Faust ou du Pardon de Ploërmel, n’étaient pas hostiles à la plaisanterie, on le voit dans Les Contes d’Hoffmann ou dans Les Noces de Jeannette, et ils mettent, quelques années avant Orphée aux enfers, la mythologie à une sauce cocasse.

La partition, elle, assume toutes les influences alors disponibles, de la musique italienne pour les airs à vocalises confiés notamment à l’Amour (mezzo-soprano) à la musique allemande pour certaines pages orchestrales en passant par l’opéra-comique français pour les épisodes les plus légers.

Une distribution sans faille

Dirigée par György Vashegyi, maître du style français de l’époque de Rameau, mais tout aussi à l’aise dans les œuvres du siècle suivant, l’œuvre est magistralement servie par une distribution sans faille : Hélène Guilmette, émouvante comme il faut, Antoinette Dennefeld, insolente et virtuose, Tassis Christoyannis en Mercure rieur, Artavazd Sargsyan et Philippe Estèphe, prétendants ridicules dont le duo d’ivrognes fut admiré par Berlioz, et Mercedes Arcuri et Anna Dowsley en méchantes sœurs plus arrogantes que nature. Une vraie découverte, dont on guette désormais la résurrection scénique.

Informations pratiques

  • Compositeur : Ambroise Thomas (1811-1896)
  • Œuvre : Psyché
  • Interprètes : Hélène Guilmette (Psyché), Antoinette Dennefeld (Eros), Tassis Christoyannis (Mercure), Mercedes Arcuri (Dafné, Première Nymphe, Un Écho), Anna Dowsley (Bérénice, Deuxième Nymphe), Artavazd Sargsyan (Antinoüs, Un Garçon), Philippe Estèphe (Gorgias), Christian Helmer (Le Roi), Orchestre philharmonique national hongrois, György Vashegyi (direction)
  • Label : Palazzetto Bru Zane BZ 1062 (2 CD)
  • Année d’enregistrement : 2025
  • Durée : 2 h 21 min

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