La plongée dans le monde musical de Proust n’est pas inédite au disque. Pensons à « Marcel Proust le musicien » par le duo Leroy-Moubarak, en dialogue avec des lectures (Decca, 2010-2011), à « La Sonate de Vinteuil » des sœurs Milstein (Mirare, 2016), au « Violon de Proust » des frères Tchalik (Evidence Classics, 2017) – qui ont retenu Franck et Saint-Saëns, absents de ce disque. Gardons-nous cependant de contester son programme (éclectique): il est de l’écrivain lui-même, qui l’a pensé en 1907 à l’occasion de mondanités au Ritz autour de ses intimes Hahn et Fauré (Sonate n°1, Berceuse, Après un rêve, Nocturne op. 63 n°6), un an avant d’entamer La Recherche (presque tous les « compositeurs du Ritz » se retrouveront dans le grand œuvre). Au moyen du Stradivarius Davidoff de 1708 et d’un piano Érard de 1891 confiés par le Musée de la musique, Théotime Langlois de Swarte et Tanguy de Williencourt nous font revivre la soirée avec esprit(s). Le premier démontre une sensibilité sans emphase et le second tire le meilleur du piano d’époque, qui contribue à l’immersion. S’il ne bouleverse pas la discographie de chacune des œuvres, le disque doit s’apprécier d’une traite si l’on veut en comprendre l’unité dans sa diversité même et, assis au salon à l’heure du couvre-feu, s’abandonner à croire écouter une monographie de Vinteuil, à souffrir avec Swann… ou à se sentir la vocation d’écrire.

Œuvres de Hahn, Schumann,
Chopin, Fauré, Couperin
et Wagner-Liszt

Théotime Langlois de Swarte
(violon), Tanguy de Williencourt
(piano)

Harmonia Mundi HMM 902508. 2021. 1h03

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