Frédéric Olivennes (Audiens) : « Un régime européen de protection sociale n’est pas envisageable à court terme »

Published On: 31 octobre 2025|
Temps de lecture : 4 minutes

 

À la tête du groupe Audiens, dédié à la protection sociale des métiers de l’information, de la création et des loisirs, Frédéric Olivennes, revient sur la singularité du régime des intermittents, son équilibre entre flexibilité et sécurité, et les nouveaux défis posés par l’intelligence artificielle.

Le régime des intermittents est une spécificité française. Est-ce qu’aujourd’hui les artistes et techniciens sont suffisamment bien protégés ?

On n’est jamais suffisamment bien protégés, je dirais. Mais ce que l’on peut reconnaître à la construction sociale de la culture en France, c’est que les partenaires sociaux ont construit progressivement des mécanismes qui sont finalement assimilables à ceux dont peut bénéficier un salarié permanent dans une entreprise. Donc, il y a une retraite complémentaire pour les intermittents, il y a des systèmes de mutuelle et de couverture prévoyance.

Donc, oui, aujourd’hui, on peut considérer en France que ce pays a su adapter sur le plan social à l’intermittence, ce que l’intermittence constitue comme élément central pour le fonctionnement de la culture dans ce pays.

Frédéric Olivennes, DG d’Audiens

Le système de protection de l’intermittence en France est donc suffisant ?

Encore une fois, on peut toujours mieux faire. Comme ce sont des situations très atypiques par rapport au droit commun, le rôle des partenaires sociaux, et nous sommes là pour les aider à ensuite le mettre en œuvre, est d’essayer à chaque fois de corriger des anomalies du système qui lui est quand même fait principalement pour des millions et des millions de salariés permanents dans notre pays.

Aujourd’hui, les mécanismes en France sont extrêmement intéressants du point de vue de la sécurité, par rapport à plein d’autres pays. Ce système de l’intermittence en France, il donne cet équilibre, en tout cas selon moi, de façon bien plus importante que dans d’autres pays entre sécurité et flexibilité. Dans d’autres pays, il peut y avoir de la flexibilité, mais il n’y aura pas forcément un certain socle de sécurité.

Si la France est considérée comme un modèle en matière de protection sociale, un dispositif européen pour les artistes est-il envisageable à terme ?

Je pense qu’aujourd’hui, on en est loin parce qu’en réalité, les différents pays d’Europe ont des niveaux de protection sociale très différents. Le modèle social français est de loin le plus protecteur. Des études ont montré qu’à l’heure actuelle, les Françaises et les Français ont le reste à charge pour leur santé le plus faible du monde. Si on regarde des pays qui aujourd’hui peuvent être très puissants économiquement comme la Pologne mais qui ont une histoire sociale moins favorable sur les 40 dernières années, les disparités peuvent être importantes. Je pense qu’un régime européen de protection sociale n’est pas envisageable à court terme du fait des disparités entre celles-ci.

Quid de la question d’un statut européen des auteurs ?

Là il y a des questions qui sont posées également parce que la question du droit d’auteur se pose à l’échelle européenne du fait des impacts de l’intelligence artificielle. Il y a des discussions au niveau de la Communauté européenne, des pays échangent sur leur différent système. Mais on voit que c’est extrêmement compliqué du fait des grandes disparités qu’il peut y avoir entre les statuts d’auteurs et d’autrices partout en Europe.

Vous évoquez l’intelligence artificielle, l‘arrivée des nouvelles technologies a-t-elle changé la donne pour les professionnels et vos relations avec eux ?

Si on regarde avec recul, les métiers de la création, dans toute leur histoire, ont toujours été télescopés et se sont toujours approprié le progrès technique. L’arrivée de nouvelles techniques ou technologies a toujours été un élément à la fois de perturbation et d’appropriation par la création.

Ces dernières décennies, l’arrivée des plateformes de diffusion a finalement posé pas mal de difficultés, de perturbations, mais aussi des courants porteurs et une extension de l’accès aux contenus. Pour les artistes, les techniciens, il y a eu un besoin de formation de nouveau. Et cela est porté par une institution qui est cousine d’Audiens qui s’appelle l’AFDAS et qui est véritablement là pour aider l’ensemble des professionnels à s’adapter à ces évolutions avec des organismes de formation spécialisés.

Pour en revenir à l’intelligence artificielle, quels sont les impacts de son arrivée ?

Nous avons aujourd’hui un recul insuffisant pour identifier des impacts dans un sens comme dans un autre. Il y a un certain nombre de personnes qui ont des craintes par rapport aux impacts négatifs en termes de destruction d’emplois. Et elles sont pour certaines avérées déjà, telles que par exemple les comédiens du doublage ou encore la figuration dans le monde de l’audiovisuel et du cinéma.

Ce qui est encore un peu tôt pour analyser, c’est la création de nouveaux métiers et donc la création de nouveaux emplois. C’est pour ça qu’Audiens a créé avec le CNC dans un premier temps pour le monde de l’audiovisuel et du cinéma, et l’AFDAS justement, un observatoire des impacts positifs et négatifs de l’intelligence artificielle sur nos métiers. Et donc, on regardera à cette occasion-là les impacts en particulier sur l’emploi, et aussi sur les évolutions économiques de ces filières.

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