10 œuvres pour découvrir Prokofiev et sa musique instrumentale
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Découvrez 10 œuvres essentielles de Prokofiev, de la Toccata à la Symphonie n° 5, pour explorer les multiples visages de sa musique instrumentale.
En complément de notre présentation de l’opéra L’Amour des trois oranges, nous vous proposons un parcours dans l’œuvre instrumentale de Prokofiev. Cela ne signifie évidemment pas qu’il faille ignorer Le Joueur, Les Fiançailles au couvent ou Guerre et Paix, autres réussites lyriques, ni les cycles de mélodies.
Piano, orchestre, ballet, cinéma : Prokofiev a exploré tous les territoires de la musique instrumentale avec une liberté qui ne cesse de surprendre. De ses audaces de jeunesse à ses grandes partitions soviétiques, cette sélection propose dix portes d’entrée dans un univers au ton aussi incisif que mélodique.
LA RUSSIE
1 / Toccata, op. 11 (1912)
Quatre minutes d’un piano qui semble transformé en une machine infernale, presque menaçante, tous marteaux dehors. Le Prokofiev de 20 ans a déjà trouvé son style, celui de l’énergie, de la mécanique qui tourne à plein régime. Il inscrit en tête de la partition Allegro marcato, une indication qu’il reprendra souvent, dans les scherzos de la Sonate pour piano n° 2 ou de la Symphonie n° 5.
- Version recommandée : Martha Argerich (piano) / Deutsche Grammophon (1960)
2 / Suite scythe, op. 20 (1914-1915) : « Adoration de Vélèss et Ala »
Souvent présentée comme Le Sacre du printemps de Prokofiev à cause de son ton volontiers hurleur et sa sauvagerie assumée. Prokofiev avait initialement composé une musique pour les Ballets russes, inspirée d’une légende de la Russie ancienne (les Scythes, nomades, évoluaient entre la mer Noire et l’Asie centrale) mais Diaghilev n’en voulut pas. Le compositeur remania alors sa partition en une suite en quatre mouvements qui raconte comme Ala, fille du dieu soleil Vélèss, enlevée par le sombre dieu Tchoujbog, sera sauvée par le mortel Lolly.
- Version recommandée : Orchestre symphonique de Birmingham, Simon Rattle (direction) / Warner Classics (1992)
3 / Symphonie n° 1, op. 25, dite « Symphonie classique » (1916-1917) : Larghetto
Aiguillonné par son besoin de ne jamais se répéter, Prokofiev oublie ses manières rudes et adopte l’habit et le maintien du XVIIIe siècle. En moins d’un quart d’heure, il rend un hommage à la fois ironique et déférent à Haydn, maître de la symphonie classique, qui, comme lui, ne manquait pas d’humour. Cette merveille d’esprit et de délicatesse est devenue une des œuvres les plus connues et les plus enregistrées de Prokofiev.
- Version recommandée : Orchestre philharmonique de Saint-Pétersbourg, Youri Temirkanov (direction) / RCA (1991)
L’OCCIDENT
4 / Concerto pour piano n° 3, op. 26 (1921) : Allegro ma non troppo
Le plus célèbre des cinq concertos pour piano, porté par une énergie rythmique, un sens du sarcasme, un lyrisme et une virtuosité irrésistibles. Prokofiev en a d’ailleurs laissé un enregistrement, réalisé en 1932, avec l’Orchestre symphonique de Londres dirigé par Piero Coppola. Un excellent moyen de découvrir l’univers du compositeur.
- Version recommandée : Martha Argerich (piano), Orchestre philharmonique de Berlin, Claudio Abbado (direction) / Deutsche Grammophon (1967)
5 / Concerto pour violon n° 2, op. 63 (1935) : Andante assai
Prokofiev n’est pas que muscles et acier ; il restera toujours attaché à la mélodie comme le rappellent certaines de ses œuvres célèbres telles que la Symphonie n° 1 ou le ballet Roméo et Juliette. Il offre au mouvement lent de son Concerto pour violon n° 2 une de ses plus belles cantilènes, moment de pure grâce.
- Version recommandée : Gil Shaham (violon), Orchestre symphonique de Londres, André Previn (direction) / Deutsche Grammophon (1995)
L’URSS
6 / Roméo et Juliette, op. 64 bis (1936), Suite de ballet n° 1 : « La mort de Tybalt »
Une des premières commandes venues d’URSS, du Théâtre Mariinski de Leningrad, avant que le compositeur ne s’y installe définitivement, en 1936. Prokofiev déploie une imagination inépuisable dans cette adaptation pour le ballet de la pièce de Shakespeare. Ce n’est donc pas un hasard si cette œuvre est devenue une de ses plus fameuses, souvent utilisée au cinéma ou dans la publicité. Du ballet complet, il assembla certains numéros en trois suites orchestrales destinées au concert. Pour découvrir l’argument détaillé du ballet complet voir notre présentation.
- Version recommandée : Orchestre philharmonique tchèque, Karel Ancerl (direction) / Supraphon (1959)
7 / Pierre et le Loup, op. 67 (1936)
Qui ne connaît pas l’histoire du jeune Pierre, de son grand-père et des animaux, tous représentés par des instruments ? Les cordes, le basson, la flûte traversière, la clarinette, le hautbois, les cors rivalisent d’inventivité et déploient des airs inoubliables qui touchent toutes les générations.
- Version recommandée : Gérard Philipe (récitant), Orchestre symphonique d’URSS, Guennadi Rojdestvenski (direction) / Le Chant du monde (1956)
8 / Alexandre Nevski, op. 78 (1939) : « La Bataille sur la glace »
C’est la première collaboration de Prokofiev avec le cinéaste Sergueï Eisenstein qu’il retrouvera sur le tournage d’Ivan le Terrible à partir de 1942. Alexandre Nevski glorifie le prince du XIIIe siècle, érigé depuis en héros national, vainqueur, entre autres, des chevaliers teutoniques. C’est cette bataille et la victoire contre l’envahisseur que raconte le film, conçu à des fins patriotiques en 1938. Prokofiev concentrera sa partition en une cantate pour mezzo-soprano, chœur et orchestre l’année suivante. La scène de combat sur le lac gelé est particulièrement impressionnante, renforcée par la puissance visuelle de la musique.
- Version recommandée : Chœur et Orchestre philharmoniques tchèques, Karel Ančerl / Supraphon (1962)
9 / Sonate pour piano n° 7, op. 83 (1942) : Allegro inquieto
Entre 1939 et 1944, Prokofiev compose trois sonates pour piano appelées depuis « Sonates de guerre ». La Sonate n° 7, qui condense le fracas du monde, la peur et les angoisses des peuples, laisse peu de répit à l’auditeur (et à l’interprète !). Sviatoslav Richter en assura la création à Moscou en 1943.
- Version recommandée : Sviatoslav Richter (piano) / Melodiya (1958)
10 / Symphonie n° 5, op. 100 (1944) : Allegro marcato
Œuvre de guerre également, cette symphonie connut un succès immédiat qui, depuis, ne s’est jamais démenti. Elle passa pour une symphonie soviétique, un hymne à la victoire, et valut le Prix Staline à son auteur. L’ironie du scherzo, cet Allegro marcato si typique de Prokofiev, entretient pourtant l’ambiguïté.
- Version recommandée : Orchestre symphonique de Birmingham, Simon Rattle (direction) / Warner Classics (1992)
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