Prodigieuse amie d’Amy Beach
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La pianiste Jennifer Fichet défend avec éclat l’œuvre et le nom d’Amy Beach.
« Une prodige empêchée ». Le sous-titre un peu accrocheur donné à cet album n’en est pas moins adéquat, tant Amy Beach, suprêmement douée dès la toute petite enfance, a rencontré d’obstacles, d’abord auprès de sa mère, puis auprès d’un mari bourgeois… qui la poussait quand même à composer. La pianiste Jennifer Fichet, autrice aussi du livret très bien conçu, défend ce répertoire avec un brio qui ne s’invente pas, la ferveur un peu justicière d’une interprète au service d’une œuvre, et d’un nom.
« Je ne peux pas me souvenir d’un âge où je ne composais pas », avouait la musicienne, dont le répertoire pour piano est constitué de courtes pièces dites « de caractère » mais dont aucune ne manque… de caractère ou d’originalité. Si le style est parfois proche de Grieg, avec ses elfes, comme les Fireflies (« Lucioles ») op. 15, il est souvent très lisztien dans des élans héroïques que la pianiste, capable par ailleurs des finesses les plus affectives, sait mener avec force.
La plus longue œuvre pianistique de Beach est l’ensemble des onze Variations op. 60 sur des thèmes balkaniques, ce qui est une manière d’assembler des pages brèves en une grande. Ces Variations, sur un thème local et triste, commencent par être traitées traditionnellement, du point de vue contrapuntique ou rythmique pour faire place à deux autres thèmes ajoutés. Cette espèce de rhapsodie se termine sur une marche funèbre saisissante, et l’ensemble est aussi maîtrisé que riche d’imagination.
Pré-debussyste, La Vieille Chapelle répand ses libres harmonies en tintements de gouttes lunaires. La Berceuse, adressée à une « mère solitaire » et sans doute en deuil, est tout sauf enfantine dans son audacieuse mélancolie. Un certain humour préside à la gavotte Farewell Summer (« Adieu l’été »), tandis que les Dancing Leaves (« Feuilles dansantes ») volettent dans le vent avec esprit. L’évolution entre les premières œuvres et les plus tardives n’est pas très marquée ; il faut croire qu’Amy Beach, à la vocation si sûre malgré les limitations, a trouvé son style presque immédiatement ; elle a trouvé aussi une véritable amie posthume en Jennifer Fichet. Isabelle Werck.





