« Janet Baker. A Celebration »
Decca 485 4438 (21 CD)
1961 -1989

CHOC_CLASSICA_NF La vocalise se diffuse tel un parfum, avant que Delage ne l’entoure d’un paysage imaginaire. Lahore, le troisième des Poèmes hindous, suffirait à rendre immortel l’art de Janet Baker tel que le disque l’aura saisi: ce joyau dans la marge de  son répertoire rappelle son ampleur, célébré pour ses Sea Pictures ou sa Dorabella, pour ses Mahler et sa Didon, plus  divers pourtant. L’album des mélodies françaises avec le Quatuor Melos (1967) est la perle qu’il ne faut pas oublier dans la manne que Decca assemble ici, prise dans les catalogues Oiseau-Lyre, Philips, Deutsche Grammophon et Hyperion, et commencée chez Purcell par une première Didon où elle comble l’absence de Kathleen Ferrier; timbre plus clair, mots aussi troublants. Anthony Lewis lui confiera ensuite la Phèdre de Rameau, cette passion jusque dans la douleur révéla une tragédienne promise à Gluck – tout un album explore ses héroïnes, diction hautaine, chant ardent, un autre pour celles de Haendel et à chaque air un visage –, chez elle dans le baroque, de Bach à Vivaldi, ajoutant dans la lignée des altos anglaises, de Butt à Hogdson, cette flamme sans pudeur qui rend ses héroïnes mozartiennes si sensuelles. Dorabella, Sesto, Vittelia surtout, quasi érotique. Les années Philips saisissent d’abord la chanteuse lyrique qui enflammait les scènes anglaises, longtemps fidèle à Raymond Leppard qui lui avait confié la Diana de La Calisto de Cavalli, avant de rejoindre Colin Davis pour Mozart, Berlioz, Tippett, mais toujours cherchant à la marge, cantates de Haendel ou de Haydn qu’elle peuplait d’héroïnes, puis des raretés: sa Ständchen de Schubert, où elle entraîne le petit chœur, est belle à pleurer. Et la récitaliste?

Pour Philips quelques Arie antiche, pur charme, pour Deutsche Grammophon chez Schubert, des Quatuors mais surtout des Duos avec Dietrich Fischer-Dieskau, si peu, piochant chez Hyperion, tombé dans l’escarcelle d’Universal, de tardifs Schubert et Mahler, surtout un album Fauré avec la rare Chanson d’Eve, c’est consolation, certes, mais écoutez d’abord ces deux femmes allant au sacrifice, la Savitri de Holst, la Lucretia de Britten, et déjà, de l’autre côté du miroir, l’Abschied (L’Adieu) du Chant de la terre dans l’orchestre onirique dont la pare Bernard Haitink, épure où le chant se fait âme.