Le Concert d’Astrée en état de grâce soutenu par l’énergique Emmanuelle Haïm, une distribution de haut vol… La première scénique française de Polifemo de Nicola Porpora est une découverte sémillante.

Polifemo de de Nicola Porpora ©Klara Beck

Crédit photo : Klara Beck

Le rideau de scène, semblable à une affiche de cinéma des années 1960, annonce le Polifemo de Nicola Porpora à la façon d’une production réalisée à Cinecittà. On songe au Colosse de Rhodes ou à Jason et les Argonautes. La mise en scène de Bruno Ravella intégrera même de délicieux effets spéciaux du style Ray Harryhausen. Le livret mélange différents épisodes de la vie du cyclope, son affrontement avec Ulysse, son amour pour la nymphe Galatée que le berger Acis paiera de sa vie. La partition brillantissime a été cousue sur-mesure pour les deux stars de Londres en 1735, Senesino (Ulysse) et Farinelli (Acis). Le Concert d’Astrée en état de grâce, soutenu par l’énergique Emmanuelle Haïm, détaille les facettes d’une instrumentation profuse, notamment côté vents et cuivres. Durant trois heures, on passe allègrement d’un plateau de tournage à l’action proprement dite, avec ses héros bodybuildés et ses volcans, sans oublier un jeune premier fanfaron, des starlettes exigeantes et un réalisateur névrosé.

Monter Polifemo aujourd’hui nécessite une distribution de haut vol. Franco Fagioli (Acis) continue d’éblouir par sa virtuosité innée, même si l’instrument accuse vingt ans d’intense activité. Paul-Antoine Bénos-Djian (Ulysse) déborde d’impétuosité et montre une projection stupéfiante. Si Delphine Galou en Calipso n’a qu’un rôle secondaire, la soprano néo-zélandaise Madison Nonoa offre une incarnation tendre et agile à Galatée. Le Polyphème de José Coca Loza est attendrissant mais trop peu colérique. On retient également la prestation d’Alysia Hanshaw (Nerée) de l’Opéra studio de l’Opéra national du Rhin. Cette première scénique française, venue après le Polifemo en version concert produit par le label Parnassus avec Cencic, Mynenko et Lezhneva est une découverte sémillante qu’on aura plaisir à retrouver à Lille, l’an prochain, en ouverture de saison.

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