10 œuvres de la Passion à Pâques
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De l’obscurité de la Passion à la lumière de la Résurrection, la Semaine sainte et la fête de Pâques ont sollicité un immense répertoire musical à travers les siècles. Classica vous propose un parcours en dix stations, de la Renaissance à nos jours.
1) Thomas Tallis (1505-1585)
Lamentations de Jérémie : « Incipit lamentatio Jeremiae prophetae » (Pour le Jeudi saint)
- Présentation : des versets du prophète Jérémie sur la destruction de Jérusalem ont intégré la liturgie des jeudi, vendredi et samedi saints. Tallis en retient les premiers qui décrivent la solitude et les pleurs de cette ville autrefois peuplée.
- Version recommandée : The Hilliard Ensemble, Paul Hiller (ECM, 1986)
2) Tomás Luis de Victoria (1548-1611)
Officium Hebdomadae Sanctae : « Amicus meus » et « Judas mercator » (Pour le Jeudi saint)
- Présentation : cet extrait des Leçons de ténèbres raconte le baiser et la trahison de Judas. L’Espagnol Victoria le traduit par une musique austère, plus directe et moins fleurie que celle de Tallis (le texte reste intelligible) mais pas moins expressive. Ce mysticisme grave évoque celui de son contemporain le peintre le Greco.
- Version recommandée : Stilo Antiquo (Harmonia Mundi, 2017)
3) Carlo Gesualdo (1566-1613)
Tenebrae Responsories : « Tristis est anima mea » (Pour le Jeudi saint)
- Présentation : le langage naturellement tourmenté de Gesualdo trouve dans le récit de la Passion un terrain d’expression particulièrement fécond. La voix, par les frictions harmoniques de la polyphonie, fait autant écho aux douleurs qu’elle raconte le drame. Instable et tendue, cette musique de la Renaissance reste d’une troublante modernité à nos oreilles contemporaines.
- Version recommandée : La Compagnia del Madrigale (Glossa, 2013)
4 ) Dietrich Buxtehude (1637-1707)
Membra Jesu nostri : « Ad manus »
- Présentation : chacune des sept cantates de ce cycle fulgurant constate les plaies du Christ en croix, des pieds à la tête. Elle se constitue d’une introduction instrumentale suivie d’airs vocaux solistes et en groupe. La troisième, « Ad manus », mêle les clous, le sang et les larmes dans un climat de dolorisme.
- Version recommandée : Ensemble Correspondance, Sébastien Daucé (Harmonia Mundi, 2020)
5) François Couperin (1668-1733)
Leçons de ténèbres : « Troisième Leçon du Mercredi saint »
- Présentation : cet enlacement voluptueux des deux voix féminines aurait sa place à l’opéra alors qu’il traduit les malheurs de la ville de Jérusalem et l’invite à retourner vers Dieu. Couperin installe une atmosphère intime et contemplative propre à la prière qui n’exclut cependant pas la sensualité. Quand Boucher et Chardin échangent leurs pinceaux…
- Version recommandée : Véronique Gens, Sandrine Piau (sopranos), Les Talens Lyriques, Christophe Rousset (Decca, 1997)
6) Johann Sebastian Bach (1685-1750)
Oratorio de Pâques BWV 249 : « Kommet, eilet und laufet »
- Présentation : aux douleurs de la Passion succède la joie de la Résurrection. Bach convoque un chœur, trois trompettes, deux hautbois, des timbales et des cordes pour en célébrer l’éclat en ce jour de Pâques 1725. « Venez, hâtez-vous, courez d’un pas rapide » est le mot d’ordre.
- Version recommandée : Monteverdi Choir, The English Baroque Soloists, John Eliot Gardiner (Soli Deo Gloria, 2013)
7) Joseph Haydn (1732-1809)
Les Sept Dernières Paroles du Christ en croix : Sonate n° 4
- Présentation : Haydn reçut la commande d’une musique destinée à accompagner la liturgie du Vendredi saint et chacune des paroles du Christ crucifié. Sept mouvements lents encadrés d’une introduction, également lente, et d’un « tremblement de terre » conclusif organisent ainsi cette œuvre singulière, qui existe en plusieurs versions, orchestrale, chorale, pour piano ou quatuor à cordes. La Sonate n° 4 se réfère à : « Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ? »
- Version recommandée : Le Concert des Nations, Jordi Savall (Alia Vox, 1990)
8) Franz Liszt (1811-1886)
Via Crucis : Station 14, « La Mise au tombeau »
- Présentation : illustration de chacune des quatorze stations du Chemin de croix (Via crucis), cette pièce sacrée chorale peut être soutenue ou non par un clavier. Liszt y condense un style austère et d’une rare économie qui pousse à l’introspection.
- Version recommandée : Leif Ove Andsnes (piano), The Norvegian Soloists’ Choir, Grete Pedersen (Sony Classical, 2024)
9)Francis Poulenc (1899-1963)
Sept Répons des ténèbres : « Tenebrae factae sunt »
- Présentation : « Les ténèbres se firent lorsque les Juifs crucifièrent Jésus, et vers la neuvième heure » annonce la cinquième de ces sept pages. Poulenc, qui mourra avant la création de ce cycle, semble, par-delà le message spirituel, y confier son angoisse face à la mort et à la solitude.
- Version recommandée : Carolyn Sampson (soprano), Cappella Amsterdam, Chœur de chambre philharmonique estonien, Orchestre symphonique national estonien, Daniel Reuss (Harmonia Mundi, 2012)
10) James MacMillan (né en 1959)
The Seven Last Words from the Cross : « Father, into Thy hands I commend my Spirit »
- Présentation : comme Haydn, le compositeur écossais James MacMillan fait résonner les dernières paroles du Christ sur la croix. Dans le mouvement final, le chœur fait entendre trois « Père, je remets mon esprit entre tes mains », extrait de l’Évangile selon Luc, avant de se taire et de laisser les cordes seules. « Le détachement liturgique cesse et cède la place à une réflexion plus personnelle : d’où la résonance ici de la musique traditionnelle écossaise de lamentation » écrit le compositeur.
- Version recommandée : Polyphony, Britten Sinfonia, Stephen Layton (Hyperion, 2003)
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