Piotr Anderszewski et Sir John Eliot Gardiner au Festival Radio-France Montpellier Occitanie
Dans le bouillonnement musical du festival Radio-France Montpellier Occitanie, Sir John Eliot Gardiner et Piotr Anderszewksi donnent une soirée au programme vertigineux, où l’un brille cependant plus longtemps que l’autre.

Crédit photos : Marc Ginot
Comme l’an dernier, la venue de John Eliot Gardiner à Montpellier s’accomplit sous le signe du romantisme. À la tête l’Orchestre philharmonique de Radio-France, complété par une dizaine de jeunes de l’Académie d’orchestre, le chef britannique se distingue par la clarté de son interprétation. Mais la flamme brille-t-elle durant la totalité du parcours ? Lorsque les tressaillements féériques de l’ouverture d’Obéron de Weber cèdent la place au panache de son Allegro, les temps trop martelés par l’harmonie minorisent la fièvre (pré)berliozienne de ce joyau. En seconde partie, la Symphonie n° 2 de Tchaïkovski déploie sa fresque de manière quasi méthodique. La plasticité d’airs populaires, glanés par le compositeur en vacances ukrainiennes (la « petite Russie »), surgit des multiples pupitres. Dans le finale, les gradations manquent de scansion au gré des réitérations des deux danses.
Au cœur de la soirée, le Concerto pour piano n° 1 de Beethoven a su incarner le trait d’union entre classicisme viennois et conquête romantique. Le premier triomphe dans l’introduction orchestrale de l’Allegro con brio et le second dans le lyrisme du Largo et son dialogue émouvant. Le soliste Piotr Anderszewski le construit avec la tendre complicité des bois. Unifiant les mouvements, le ciment beethovénien demeure tenace dans un jeu pianistique d’une rigoureuse articulation rythmique, riche en métamorphoses. Celles-ci conduisent les épisodes swinguant du Rondo vers une lumineuse félicité. A l’opposé, le bis apaisant de Bach, la Sarabande de la Partita BWV 825, impose un silence de recueillement à tous les étages de l’Opéra Berlioz, tant les tortueuses modulations sont conduites avec une limpidité qui défie le temps.
