Piemontesi et Honeck au sommet dans le Concerto pour piano n° 2 de Brahms
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Après avoir confié au disque le Concerto en sol de Maurice Ravel, les Oiseaux exotiques d’Olivier Messiaen, le Concerto d’Arnold Schoenberg (Pentatone), ceux de Robert Schumann et d’Antonín Dvořák (Naïve), ainsi que les Concertos nos 19, 25, 26 et 27 de Wolfgang Amadeus Mozart (Linn Records) qui sont autant de réussites incontestées, le pianiste suisse Francesco Piemontesi est allé à Leipzig pour enregistrer le Concerto pour piano n° 2 en si bémol majeur de Johannes Brahms. Un concerto qui a souvent reçu très bon accueil en disque, et même en concert, car il réussit généralement plus facilement à ceux qui s’y risquent.
L’autre, le Concerto n° 1 en ré mineur composé par un tout jeune Brahms, au caractère farouche, comme muré en lui-même, avec ce mouvement lent en forme de prière qui tient à distance nombre de chefs – mal à l’aise dès le premier mouvement avec sa métrique « impossible » -, et de pianistes incapables d’avoir la tension nécessaire pour le soulever.
L’héritage des grandes interprétations du Concerto n° 2

Mais si le Concerto n° 2 aime ses interprètes, il ne les aime pas au point d’en trouver tant que cela qui s’élèvent au dessus de la simple réussite qui comble le temps d’un concert. Évidemment, Edwin Fischer et Wilhelm Furtwängler sont de ceux là, tendus comme un arc, mais libres, comme débarrassés de toute peur et de toute inquiétude, ils avancent dans cette musique qu’ils semblent façonner à mesure qu’elle se déploie (Warner Classics).
Il faudra attendre Claudio Arrau avec Carlo Maria Giulini (Warner Classics), puis Bernard Haitink (Decca) pour retrouver un pianiste aussi libéré de toutes les mauvaises tensions qui empêchent la musique de jaillir avec l’urgence dramatique, la nécessité vitale qui d’une interprétation font un vrai moment de vie arraché au temps qui passe.
Beaucoup d’autres très bonnes interprétations sont venues dont Geza Anda avec Karajan (Deutsche Grammophon), particulièrement bien appariés ici, Alfred Brendel (Decca), Maurizio Pollini plusieurs fois (Deutsche Grammophon), Vladimir Ashkenazy (Decca), Sviatoslav Richter (RCA et Warner Classics), Emil Gilels (Deutsche Grammophon), dont il serait malvenu de minimiser la valeur et qui d’ailleurs sont chéris par nombre de mélomanes.
Plus récemment, Nelson Freire est venu : il a joué ce concerto en public plus souvent qu’aucun autre pianiste de sa génération et ce depuis qu’il l’avait appris seul et en cachette de ses professeurs quand il avait 14 ans ! Et si nous parlons de lui ici, c’est qu’il l’a enregistré en public avec Riccardo Chailly et le même Orchestre du Gewandhaus de Leipzig avec lequel dialogue Francesco Piemontesi.
Piemontesi et Honeck : un dialogue lumineux et tendu
Deux choses changent : le chef d’abord, car cette fois-ci c’est Manfred Honeck qui est au pupitre et la prise de son de Pentatone autrement plus aérée, transparente et proposant une balance bien plus équilibrée entre le piano et la formation orchestrale que celle de Decca. Et ce n’est pas sans influer sur la perception que nous avons de deux interprétations récentes qui peuvent, sans difficulté, être comparées à celles de Fischer et d’Arrau par la façon dont les musiciens sont totalement investis, bien qu’ils empruntent des chemins très différents les uns des autres.
Il y a chez Piemontesi et Honeck une franchise d’allure, une transparence contrapuntique, une précision du détail intégré dans un grand geste instrumental, des phrases articulées de façon nette et inspirée, un son varié ne fuyant pas la lumière. Joué ainsi, cette œuvre sort du postromantisme, devient le fils légitime d’un concerto de Beethoven et de celui de Schumann plutôt que le père illégitime de celui de Max Reger. Freire et Chailly cherchaient cela aussi mais ils étaient desservis par une prise de son plaçant le piano dans un orchestre plus confus, insistant ainsi trop sur l’aspect symphonie avec piano.

Un enregistrement à la hauteur des plus grands
Piemontesi et Honeck s’entendent à merveille pour rester transparents et alertes. Leurs tempos sont parfaits, comme la façon dont il varie la densité du son tout en laissant ce qui peut être éruptif et combatif s’exprimer.
Le premier mouvement est ainsi magistralement équilibré entre réflexion et action, contemplation et mouvement, clarté et accents telluriques. Le second retrouve la franchise et le tranchant d’un scherzo avec un pianiste dont la perfection du jeu est impressionnante comme elle l’est tout du long avec des passages libres et monumentaux de son stupéfiants car sans dureté et sans emphase. Le troisième nous vaut un solo de violoncelle idéal tant la prise de parole y est une prière et une partie de piano qui plane dans le ciel avant un finale aussi éruptif, joyeux comme une kermesse sur laquelle plane néanmoins un ciel d’orage bien noir.
De l’appel du cor au commencement de l’œuvre au dernier accord de l’orchestre, on a le sentiment que tout est joué dans la continuité dans le même geste instrumental et la même pensée musicale par un pianiste, un chef et des musiciens unis et jusqu’au boutistes. Ce qui n’est pas le cas de tous les disques annoncés comme captés en concert… Autant dire que l’on attend le Concerto en ré mineur…
Informations pratiques
- Compositeur : Johannes Brahms (1833-1897)
- Album : Brahms: Piano Concerto No. 2 & Three Intermezzi Op. 117
- Œuvres : Concerto pour piano et orchestre n° 2 en si bémol majeur op. 87. Intermezzos op. 117
- Interprètes : Francesco Piemontesi (piano), Orchestre du Gewandhaus de Leipzig, Manfred Honeck (direction)
- Label : Pentatone PTC 5187461 (1 CD)
- Année d’enregistrement : 2025
- Durée : 1 h




