Le Théâtre de l’Athénée présente Pelléas et Mélisande dans sa version pour piano. Cette séduisante production de la Fondation Royaumont est servie par une mise en scène et une distribution exposant toute la force fatale du désir de cet inépuisable théâtre des passions magnifié par Debussy.

Pelleas et Melisande ©Guillaume CASTELOT

Crédit photo : Guillaume Castelot

Mettre en scène la partition chant-piano de Pelléas et Mélisande est un pari audacieux, tant cette œuvre repose sur un frémissant tissu orchestral sur lequel Debussy a créé une somptueuse cathédrale de sonorités raffinées aux ramifications infinies. Ayant déjà réalisé une production de cet opéra pour le Grand Théâtre de Genève en 2000, Moshe Leiser et Patrice Caurier ont pleinement réussi ce défi d’une version de chambre avec un art de la réduction scénique collant à celle de la musique. Un piano côté jardin sur lequel les âmes esseulées peuvent s’épancher, un canapé en cuir côté cour, en fond de scène un mur en bois avec en son milieu une porte d’où surgissent les protagonistes de ce drame du désir traité sous l’angle du fait divers avec coup de feu fatal et fauteuil roulant d’impotent utilisé tour à tour par Arkel, Golaud puis Mélisande.

Théâtre des passions

À l’opposé de toute tentation brumeuse ou éthérée, une représentation scénique vivante, spontanée et très incarnée distingue ce parti pris théâtral reposant sur une direction des acteurs organique au cordeau. Ainsi Marthe Davost en Mélisande désirante, Jean-Christophe Lanièce en ardent Pelléas, Halidou Nombre en Goland physique et véhément, campent des personnages ancrés dans le réel tout en faisant preuve d’une belle implication vocale mettant en valeur cet immense récitatif émaillé de rares pointes d’effusions que constitue l’unique ouvrage lyrique de Debussy. Qualité vocale, diction et prosodie française sont à l’honneur de cette remarquable distribution complétée par Marie-Laure Garnier en Geneviève, voluptueuse mère assistant impuissante au conflit entre ses fils, Cyril Costanzo en juvénile patriarche Arkel et Cécile Madelin en déluré Yniold.

Au piano, Martin Surot révèle tous les arcanes et le perpétuel renouvellement de la partition de Debussy tout en étant légèrement en retrait, comme pour mieux mettre en valeur l’inexorable théâtre des passions se déployant avec une grâce infinie sur la scène de l’Athénée.

Pour plus d’informations

Pelléas et Mélisande de Debussy, Théâtre de l’Athénée, Paris, le 17 février

Jusqu’au 25 février

athenee-theatre.com