Pascal Rogé ballotté par les Barcarolles de Fauré
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À l’occasion de ses 75 ans, Pascal Rogé se confronte aux Barcarolles de Fauré. Raffinée dans le détail, sa vision peine parfois à s’imposer dans la conduite d’un discours aux lignes mouvantes.
Pour le soixante-quinzième anniversaire de Pascal Rogé, Decca publie d’une part un imposant coffret retraçant leur histoire commune durant les années 1970 et 1980, et d’autre part ce nouvel album fraîchement enregistré.
La réputation de spécialiste de la musique française qu’on associe au lauréat du concours Long-Thibaud de 1971 se fonde davantage sur ses interprétations de Debussy, Ravel, Satie ou Poulenc que sur la défense du répertoire fauréen. En tout cas pas celui destiné au seul clavier, car Rogé a souvent joué et enregistré la musique de chambre du compositeur ariégeois. Dans son unique disque (1989) entièrement consacré au piano de Fauré, il n’avait fait que picorer : trois Barcarolles, cinq Nocturnes, deux Impromptus, une Valse-Caprice et les trois Romances sans paroles.
Attention aux couleurs harmoniques et aux tempos prudents
Les treize Barcarolles ont dû attendre 1956 et la gravure de Germaine Thyssens-Valentin chez Ducretet-Thomson pour s’ouvrir une discographie aujourd’hui riche d’une trentaine de versions intégrales. Or Rogé ne fait pas mystère du travail « intense » que lui a coûté l’apprentissage de la majorité de ce recueil qui, écrit entre 1881 et 1921, résume à lui seul toute l’évolution du compositeur. Avec une réelle attention aux couleurs harmoniques et au flux émotionnel, il ne parvient pas toujours à dominer la complexité rythmique, à éclaircir l’enchevêtrement des lignes d’une musique à la fois allusive, déchirante et insaisissable.
Aussi, dans des tempos prudents et des phrasés souvent appuyés, notre pianiste semble davantage tâtonner face à ces gondoles énigmatiques que s’emparer de leur éloquence. On se montrerait moins sévère si l’on ne disposait pas des lectures autrement convaincantes de Heidsieck, Crossley, Stott, Bardin, Owen, Pennetier, Eidi, Collard, Hamelin ou Debargue.
Élégante Dolly
Pascal Rogé avait déjà enregistré les six pièces de la délicieuse suite Dolly en partageant le tabouret avec son ancienne épouse Ami Rogé (Onyx, 2009). Aux côtés de sa nouvelle compagne, les tempos sont quasi identiques et l’élégance du jeu est une fois encore au rendez-vous. En revanche, l’ambiance acoustique est très différente. Comme dans les Barcarolles, les micros semblent collés à l’instrument, ce qui, conjointement à la réverbération, accentue sans doute l’impression que les accents claquent et que le ton est moins raffiné que naguère.
L’impression générale reste favorable, même si l’amateur pourra préférer les tandems Le Sage et Tharaud (Alpha Classics, 2012), Lucas et Arthur Jussen (Deutsche Grammophon, 2013), Lewis et Osborne (Hyperion, 2020) ou Hamelin et Fuller (Hyperion, 2022), pour ne citer que des enregistrements récents.
Informations pratiques
- Compositeur : Gabriel Fauré (1845-1924)
- Œuvres : 13 Barcarolles. Dolly.
- Interprètes : Pascal Rogé (piano), Elena Font (piano)
- Label : Decca 487 1913 (1 CD)
- Date d’enregistrement : 2025
- Durée : 1 h 22 min
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