CHOC_CLASSICA_NFLa direction énergique et chaleureuse de Robert Treviño embrasse avec générosité l’univers luxuriant d’Ottorino Respighi.

Pour des questions de minutage et sans doute aussi d’appétence variable des interprètes, l’ère du microsillon n’aura produit, à de rares exceptions près, que des enregistrements partiels de la célèbre trilogie romaine écrite par Respighi entre 1916 et 1928. Avec l’ère du CD, en revanche, il est devenu rare de ne pas trouver les trois poèmes symphoniques réunis sur la même galette. Dans ce contexte, un nouveau venu doit rivaliser au moins avec Toscanini (génial en dépit du son), Pedrotti, Ozawa, Sinopoli, Tortelier ou Neschling. Mais Robert Treviño a prouvé, notamment avec des Ravel surprenants et une passionnante anthologie américaine (« Americascapes »), qu’il ne craignait aucun défi. De fait, avec son imagination débordante, son orchestration luxuriante aux coloris saturés – les exemples de Rimski-Korsakov, Strauss ou Debussy ont été mieux que digérés par Respighi –, cette musique semble convenir idéalement à la direction de Treviño, justement réputée énergique et chaleureuse.

Le chef appréhende cet univers un peu comme un plongeur professionnel considère l’élément marin : d’abord les remous de surface puis les courants inférieurs, les variations de lumière et de température… C’est qu’il n’oublie jamais, à l’opposé de certains concurrents prestigieux, que les décors rutilants recouvrent une narration dans laquelle s’incarnent des émotions humaines. Sans jamais précipiter le discours, avec un souffle puissant au débit naturel, il excelle à illuminer l’écriture kaléidoscopique des partitions, la densité de leurs textures, tout en préservant leur part de fraîcheur et de mystère.

Si l’on soupçonnait une moindre richesse sonore chez les Turinois qu’avec de plus illustres phalanges, quelques comparaisons remettent les pendules à l’heure. Que ce soit face à d’autres ensembles italiens ou bien des stars desservies par la prise de son (Berlin, Philadelphie…) l’Orchestre de la RAI n’est jamais à la peine. Il faut ajouter que la restitution technique opérée par Ondine est tout simplement éblouissante. À ceux qui croient ne pas aimer la musique de Respighi en soupçonnant sa générosité de confiner au pompiérisme, on recommande ce disque exceptionnel qui ne méconnaît certes pas l’aspect « péplum » de la trilogie, mais en le hissant au niveau des films de Mankiewicz ou de Kubrick.