Oskar C. Posa, un compositeur viennois oublié enfin redécouvert
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Un compositeur admiré, mais tombé dans l’oubli
Des redécouvertes de compositeurs inconnus, l’industrie du disque a pris l’habitude de nous en proposer assez souvent, avec des bonheurs assez variables. Cette fois, il ne s’agit pas de n’importe qui, même si son nom est allègrement ignoré de la plupart des histoires de la musique. Chef d’orchestre admiré par Luigi Dallapiccola, compositeur italien du XXᵉ siècle, et qui eut Karl Böhm, célèbre chef d’orchestre autrichien, pour élève, Oskar C. Posa (1874-1951) composa relativement peu : seulement une vingtaine de numéros d’opus figurent à son catalogue, principalement écrits entre 1897 et 1910, même s’il ne s’interrompit vraiment que sous le nazisme et reprit sur le tard, au lendemain de la Seconde Guerre mondiale.

Une date marquante reste le concert du 25 janvier 1905 à Vienne, organisé par l’Association des Compositeurs. L’affiche réunissait trois créations : Pelléas et Mélisande d’Arnold Schönberg et Die Seejungfrau (La Petite Sirène) d’Alexander Zemlinsky, deux compositeurs autrichiens réputés pour leur musique moderne et avant-gardiste, ainsi que les cinq Soldatenlieder op. 8 de Posa.
Une redécouverte discographique
Intrigué par l’affiche de ce concert, Olivier Lalane, fondateur du label Voilà Records, a décidé en 2020 de mener l’enquête sur ce compositeur méconnu. Pas tout à fait inconnu de la postérité, cependant, puisqu’une thèse lui avait été consacrée en 1996 à la Freie Universität de Berlin. Les partitions existaient, mais d’enregistrement, point.
Cinq ans après, un double disque voit le jour, qui devrait permettre au plus grand nombre d’apprécier une musique, déjà révélée par quelques concerts, notamment à la Bibliothèque La Grange-Fleuret en novembre 2023.
Des interprètes engagés
Si c’est surtout grâce à ses lieder (chansons classiques pour voix et piano) que Posa se fit connaître en son temps, sa musique de chambre (œuvres pour un petit ensemble d’instruments) n’est pas moins remarquable : il suffit d’écouter le premier de ces deux disques pour s’en persuader.
La pianiste Juliette Journaux, également sollicitée pour accompagne la voix, se révèle le fil conducteur de cette résurrection, puisqu’elle est présente sur presque toutes les plages : pour les lieder, on y reviendra, mais aussi pour une charmante Albumblatt pour piano seul, dans la Sonate op. 7 où elle dialogue d’égal à égal avec le violon d’Eva Zavaro, et dans l’Andante pour violoncelle et piano, avec Simon Dechambre. La pianiste ne s’absente que pour le superbe et très tardif Quatuor de 1948, interprété par le Quatuor Métamorphoses.
Riche idée que d’avoir confié les lieder à Edwin Fardini, primé « Révélation Adami » en 2019 (prix français pour de jeunes chanteurs classiques prometteurs), et lauréat du concours « Voix des Outre-mer » en 2021 (concours valorisant les talents vocaux des territoires français d’outre-mer). Le baryton trouve ici à mettre en valeur un timbre chaud et à déployer une belle intelligence des textes – en grande majorité des textes de Detlev von Liliencron (1844-1909), mais aussi un cycle inspiré par Richard Dehmel (1863-1920), deux poètes que Richard Strauss a, lui aussi, mis en musique.
C’est pourtant à Mahler que l’on pense dans les Soldatenlieder, non seulement pour une thématique proche de certains chants populaires allemands du recueil Des Knaben Wunderhorn, mais aussi pour leur côté grinçant.
Et après ?
On aimerait maintenant entendre les œuvres orchestrales de Posa, dont un certain nombre de ses lieder, et notamment ce que le texte de présentation de quelque deux-cent cinquante pages, très instructif et richement illustré, présente comme son œuvre la plus ambitieuse, les cinq Lieder op. 16 composés en 1925 pour baryton et très grand orchestre. Espérons que ce disque suscitera des vocations. Posa le mérite amplement.
Pour plus d’informations
- Compositeur : Oskar C. Posa (1873-1951)
- Album : Lieder – Violin Sonata – String Quartet
- Œuvres : Sonate pour violon et piano. Andante pour violoncelle et piano. Quatuor à cordes. Lieder.
- Interprètes : Edwin Fardini (baryton), Eva Zavaro (violon), Simon Dechambre (violoncelle), Juliette Journaux (piano), Quatuor Métamorphoses
- Label : Voilà Records V001 (2 CD)
- Année d’enregistrement : 2023
- Durée : 2 h 26 min




