Dans l’Octuor en fa majeur de Schubert, les musiciens berlinois illustrent tant leur virtuosité individuelle que leur plaisir de jouer ensemble.

CHOC_CLASSICA_NF Au fil des générations, les musiciens de l’Orchestre philharmonique de Berlin ont toujours manifesté de l’intérêt pour l’Octuor en fa mineur de Schubert (1824) qu’ils ont enregistré à plusieurs reprises. Cette nouvelle version, par sa cohérence et sa justesse de ton, surclasse les précédentes. L’œuvre commandée par l’intendant de l’Archiduc Rodolphe, clarinettiste éminent, demande en effet des interprètes capables non seulement de briller sur le plan instrumental mais aussi de faire preuve d’un sens collectif et d’une capacité d’écoute mutuelle. La configuration voulue par Schubert qui associe cordes et vents prend racine dans le Septuor de Beethoven (1800) tout en en élargissant la dimension instrumentale à la hauteur d’un orchestre de chambre au cours de six mouvements.

Schubert

Franz Schubert (1797-1828)
Octuor en fa majeur, D. 803
— Ensemble Philharmonique de Berlin — Indésens Calliope IC027. 2022. 1 H 01 MIN
CD CLASSICA PLAGE 6

Dès l’introduction, le ton est donné par le dialogue subtil et nuancé entretenu par chacun : le cor d’Andrej Žust répond au basson de Bence Boganyi et au premier violon de Simon Roturier telle une évidence. On admirera également la clarinette prenante de Wenzel Fuchs dans l’Adagio, l’élan de l’Allegro vivace qui fait flèche de tout bois. Dans le nouvel Andante, sans cor ni basson, le romantisme à fleur de peau des violonistes Simon Roturier et Angelo de Leo, de l’altiste Ignacy Miecznikowski, du violoncelliste Bruno Delepelaire, est secondé par le sens rythmique du contrebassiste Janne Saksala. Les sept variations permettent de mettre en valeur leur virtuosité individuelle sans aucun effet de manches. Les Berlinois deviennent ensuite plus viennois que nature dans le Menuet tout de grâce, d’élégance et se montrent rustiques dans le Ländler.

Aux trémolos du finale où sourd le drame correspond l’atmosphère festive de l’Allegro conclusif d’une jubilation où le plaisir de jouer ensemble prend toute sa valeur. Cette lecture particulièrement réussie dame même le pion à l’incunable des Wiener Konzerthaus Quartett avec Leopold Wlach (Westminster, 1951), à l’enregistrement du Wiener Oktett entraîné par Willi Boskovsky (Decca, 1957) ou de l’Academy of St-Martin-in-the-Fields (Philips, 1978, et, mieux encore Chandos, 1990), voire à la formation de haut vol réunie par Gidon Kremer (DG, 1987). Cerise sur le gâteau, l’aération des pupitres bénéficie d’une prise de son transparente qui rend bien compte des textures sans négliger le caractère expressif de la partition.

Pour plus d’informations

Schubert : Octuor en fa majeur, D. 803