« New Vienna Octet. Vienna Wind Soloists. The Decca Recordings »

Decca Eloquence 484 2248 (18 CD).

1976-1992

Dans le précédent numéro de CLASSICA, Jean-Michel Molkhou évoquait le légendaire Octuor de Vienne dont Decca présentait le legs discographique accumulé entre 1948 et 1972. C’est en quelque sorte la suite de cette saga que l’éditeur propose aujourd’hui. Dès 1976, le jeune clarinettiste Peter Schmidl et plusieurs de ses collègues de l’Orchestre philharmonique de Vienne (notamment le violoniste Erich Binder, le violoncelliste Friedrich Doležal, l’hautboïste Gerhard Turetschek ou le corniste Günter Högner) constituèrent une nouvelle équipe. D’abord baptisée Wiener Kammersolisten puis très vite Neues Wiener Oktett, elle revint enfin à l’appellation de Wiener Oktett en assumant pleinement l’héritage de son modèle. Willi Boskovsky joua d’ailleurs pour ses fils spirituels un rôle de directeur artistique officieux pendant un certain temps, pour leurs enregistrements comme l’organisation de leurs concerts. En faisant appel à des souffleurs supplémentaires, la formation à géométrie variable créa dès ses débuts une extension dédiée au répertoire pour les seuls instruments à vent : le Wiener Bläserensemble.
Au disque au moins, le projet des nouveaux venus n’était pas de dupliquer le répertoire de l’équipe historique, mais de le prolonger. Seuls quelques chevaux de bataille furent ainsi revisités : Octuor de Schubert, Septuor de Beethoven, quintettes avec clarinette de Mozart et de Brahms… On ne retrouve donc pas les emblématiques Octuor de Mendelssohn, Quintette « La Truite » de Schubert et autres pages de Spohr. Pas de Berwald, Kreutzer ou Dvořák non plus, remplacés par Danzi, Reicha ou Weber. Tout comme les quelques « modernes » documentés par les anciens Viennois (Badings, Poot, Wellesz, Britten…) cèdent place à Françaix, Ibert et même Schönberg dont le sévère Quintette op. 26, enregistré en 1977 pour la Deutsche Grammophon et repris ici, constitue un titre de gloire aux yeux de Schmidl et ses amis. On y ajoutera volontiers les Dix Pièces pour quintette à vent de Ligeti et le sextuor Mládí de Janáček. Par ailleurs, les héritiers ont su enrichir le territoire exploré par leurs prédécesseurs, ainsi dans Mozart en préférant les trois grandes Sérénades (K. 361, 375 et 388) aux Divertimentos chers aux frères Boskovsky.
Pour faire bon poids, Decca Eloquence inclut plusieurs ouvrages illustrant l’art de nos musiciens en petite formation (Trios avec clarinette ou avec cor de Brahms, Trio « des Quilles » de Mozart, Trios avec flûte de Haydn…) ainsi qu’un très marginal enregistrement de 1969-1970 au programme d’inspiration cynégétique (« En honneur à Saint Hubert ») qui affiche le rarissime ensemble à cuivres des Wiener Waldhornverein.
Il saute aux oreilles que le style de l’Octuor et des Solistes à vent est celui des Wiener Philharmoniker, ce que Schmidl confirme en le qualifiant de « suave et doux » (ma traduction personnelle pour sweet and soft). Ces caractéristiques alliées aux sonorités graciles et aux teintes argentées des timbres viennois aboutissaient, à la suite d’infinies répétitions, à des exécutions irréprochables, au charme constant et à l’équilibre souverain. Considérant la parenté esthétique entre l’Octuor historique et ses successeurs (avec chez ces derniers un rien de spontanéité et de patine en moins, un rien d’assurance et de confort sonore en plus) et d’autre part la disparité de contenu entre les deux coffrets, il serait vain d’établir une hiérarchie. Le mélomane nostalgique d’un monde à jamais disparu ne se trompera pas en choisissant l’un comme l’autre.
CHOC