À Savonlinna, des Noces de Figaro entre théâtre et liberté
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Présentée au Festival de Savonlinna, en Finlande, la production des Noces de Figaro séduit par la mise en scène de Johannes Erath et une distribution de haut niveau. Malgré des libertés discutables prises avec la partition de Mozart, le spectacle convainc par sa vitalité théâtrale.
Les Noces de Figaro ne font pas vraiment partie du répertoire des festivals d’opéra en plein air. À plus forte raison quand ledit festival a pour cadre les murs cyclopéens d’une forteresse du XVe siècle, comme c’est le cas à Savonlinna. Alors qu’il s’apprête à souffler l’an prochain ses soixante bougies, le festival lyrique finlandais propose cette saison une reprise du premier volet de la trilogie Mozart-Da Ponte, à côté de titres plus attendus dans ce genre d’endroit, comme Nabucco et La traviata. Il ne s’agit cependant pas d’une production conçue à l’origine pour le plein air, mais d’un spectacle monté à Dresde en 2015 par Johannes Erath, auquel on doit notamment un éblouissant Bal masqué à Munich en 2016.
Une véritable mise en scène de théâtre
Autrement dit, c’est une vraie mise en scène pensée pour un public initié, même si elle est nécessairement adaptée à l’immensité du plateau de Savonlinna, dans un décor assez minimaliste, qui se joue avec brio des contraintes de la pièce de Beaumarchais, où l’on doit pouvoir fermer les portes à clé et sauter par les fenêtres. Une mise en scène qui découpe l’œuvre en trois séquences, sans que l’on comprenne forcément très bien pourquoi.
Le premier acte nous plonge dans l’univers de la commedia dell’arte, les costumes permettant de rapprocher judicieusement certains personnages : Bartolo et Marceline sont habillés comme Figaro et Suzanne (les premiers sont, après tout, les parents du héros), tandis que le Comte en Pierrot porte la même tenue que Chérubin, séducteur en puissance… et même déjà en acte dans cette production. Le deuxième acte présente un XVIIIe siècle un peu plus réaliste, non sans quelques anachronismes assumés – les lunettes de soleil de la Comtesse, la perceuse dont se munit le Comte – et le troisième, après l’entracte, reprend exactement là où le deuxième s’est terminé. Au dernier acte, les pavillons du jardin sont des balancelles où les différents couples pourront se rencontrer en pyjama, T-shirt ou peignoir modernes.
On retient néanmoins l’intelligence avec laquelle est géré l’espace, l’humour déployé dans les apparitions du chœur. Tout en acceptant la réconciliation finale sans chercher à gâcher la fête, le spectacle n’en glisse pas moins quelques audaces ici et là (si la Comtesse pardonne si volontiers, c’est peut-être parce qu’elle a aussi quelque chose à se faire pardonner…).
Mais quelques libertés avec la partition
La direction d’Andrea Sanguineti est, de même, intensément théâtrale et joue le jeu des différentes atmosphères, notamment à l’intérieur du long finale du deuxième acte ; sans doute le chef aura-t-il encouragé à orner les reprises d’ornements finement ciselés, mais on regrette qu’il ait accepté le remplacement de plusieurs récitatifs, à partir du troisième acte, et plus encore au quatrième, par la déclamation du texte, parfois accompagnée par quelques notes d’accordéon, et même par quelques phrases de La Vie en rose. Que l’on sache, Les Noces de Figaro n’est pas une partition que Mozart aurait laissée inachevée et avec laquelle on tolérerait mieux ce genre de libertés cavalières.
Une distribution de haut vol
Heureusement, la distribution est assez superbe, et associe quelques chanteurs étrangers à une majorité d’artistes finlandais.
La toute jeune Serene Erhie est une très sensuelle Barberine. Le Basile d’Einar Dagur Jónsson est un peu trop sonore et son timbre de ténor de caractère domine le finale du deuxième acte, mais son Don Curzio respecte mieux l’équilibre du sextuor. Matti Turunen et Tuija Knihtila remplissent leur contrat en Bartolo et Marceline, cette dernière étant hélas privée de son air. Elsa Angervo prête à Chérubin de superbes accents et une vraie présence scénique.
Dans les quatre rôles principaux, pour lesquels le festival a prévu une double distribution, il convient de saluer tout d’abord la Comtesse de Sonja Herranen, qui concilie générosité vocale et musicalité impeccable, autorité et émotion : rares sont les titulaires qui s’imposent dès « Porgi amor », et son « Dove sono », chanté en présence du Comte et de Chérubin à l’arrière-plan, est un des grands moments de la soirée. Le baryton-basse suédois Henning von Schulman a les graves de Figaro et, ce qui ne gâte rien, toute la vivacité que l’on attend du personnage. Lucrezia Drei confère à Suzanne une italianité bienvenue, avec des aigus argentins et une belle aisance sur l’ensemble de la tessiture. Cocorico enfin, avec le Comte éclatant de notre compatriote Jérôme Boutillier, qui livre ici une interprétation mémorable d’un personnage radicalement opposé au Jochanaan qu’il était en fin de saison au Capitole de Toulouse.
Festival de Savonlinna (Finlande), le 22 juillet 2026
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