Ce disque s’ouvre sur une question : « Où es-tu ? » Une question que l’on pouvait légitimement se poser au moment de l’enregistrement de cet album au domicile de Nicholas Lens, en avril 2020, dans une Bruxelles confinée. Après l’opéra Shell Shock (2014), L.I.T.A.N.I.E.S est la seconde collaboration du compositeur belge avec Nick Cave, figure marquante de la scène rock et post-punk. Ce dernier signe les textes de cette œuvre paradoxale qui, malgré son titre, est plus proche du concept album que de l’opéra. Aucun lyrisme ne s’échappe en effet de ces douze titres que l’on suit comme les douze heures d’un cadran. Sur des ritournelles proches de l’esthétique minimaliste d’un Arvo Pärt – les premières mesures rappellent étrangement Für Alina –, les prières écrites par Nick Cave semblent flotter dans l’air, comme le temps aboli des temples zen japonais qui ont inspiré Nicholas Lens. Ce disque sombre et profond fut aussi l’occasion d’une collaboration inédite. Pour enregistrer cet opéra de chambre composé pour le disque à défaut de la scène, les instrumentistes et les chanteurs se sont succédé, un par un, chez Nicholas Lens, chacun devant mettre ses pieds dans les traces du précédent. Une manière d’être ensemble sans l’être réellement, à l’image du confinement et d’une œuvre qui ne laisse apparaître qu’une disparition.

L.I.T.A.N.I.E.S

Clara-Lane Lens, Denzil Delaere,
Nicholas Lens, Claron McFadden (chant),
The Fourteen Storks Ensemble

Deutsche Grammophon 4839745.
2020. 1 h 02

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