Mort de Wolfgang Rihm (1952-2024)

Published On: 27 juillet 2024|
Temps de lecture : 2 minutes

Le grand compositeur allemand s’est éteint des suites d’un longue maladie à l’âge de 72 ans

La « nouvelle simplicité » n’étant, selon ses dires, qu’« une chimère de journaliste », rompons les attaches de Wolfgang Rihm avec ce (pseudo)courant au profit d’une qualité plus fédératrice et explicitement revendiquée : « l’expressivité ». Depuis la création du tellurique Morphonie pour quatuor à cordes et grand orchestre par Ernest Bour en 1974 au Festival de Donaueschingen (Rihm avait tout juste 22 ans), l’expressivité se situe en effet au cœur de sa production dont l’étendue intimide en même temps qu’elle rassure via les passerelles jetées entre la rive de la tradition romantique allemande (Mahler et Berg inclus) et celle de notre modernité.
Sonder sa production, c’est faire le « portrait d’un ogre », dixit le Délégué à la création musicale à Radio France Pierre Charvet à l’occasion du festival Présences 2019 qui lui était consacré. Mais d’un ogre doublé d’un roi des aulnes : dans certaines de ses œuvres fleuves – une série de quatre pièces pour orchestre s’intitule d’ailleurs Vers une Symphonie fleuve – aux multiples ramifications, Rihm agrippe l’auditeur au collet pour ne plus le lâcher. Il fallait un solide métier pour accoucher d’un catalogue aussi impressionnant (quelque quatre cents opus) ; un métier qui sut répondre aux assauts de l’inspiration. Grand lecteur doublé d’un sensible, Rihm avait besoin de son papier à musique pour traduire la moindre émotion, la moindre expérience de lecture.

Son premier choc musical, ce natif de Karlsruhe le reçoit à l’écoute d’Arcana de Varèse. Il en hérite le goût pour l’excès, la démesure, voire la monstruosité. Le goût d’un certain pathos aussi (accommandant avec la tonalité), auquel la « musique contemporaine » avait renoncé sur les instances de compositeurs – Boulez, Stockhausen – que l’ogre Rihm a digéré sans douleur. S’il suit l’enseignement du second à Darmstadt puis à Cologne, c’est davantage dans le sillage d’un Luigi Nono que s’inscrit son premier opus lyrique, Jakob Lenz (1978). Sa faculté à embrasser tous les genres musicaux va de pair avec un goût pour les cycles : citons Chiffre (1982-1988), Klangbeschreibung (1987), les huit pièces solistes ou concertantes Über die Linie (1999-2015) et le massif Séraphin (1992-2011) comprenant des pièces de musique de chambre, des concertos, ainsi que des œuvres théâtrales. En 2012, Rihm mettait un point final à la série Nähe fern 1-4. Il y endosse sans complexe le costume du romantique allemand… qu’il n’aura sans doute jamais cessé d’être.

Partagez cet article, choisissez votre plateforme!

Articles similaires