Monumental Nabucco à Toulouse

Par |Published On: 27 septembre 2024|

Lors de cette première soirée de la nouvelle saison, le public toulousain a réservé un triomphe à toute l’équipe d’un Nabucco au chic très italien, mis en images et surtout en mouvements par Stefano Poda.

Nabucco Toulouse ©Mirco Magliocca

Crédit photo : Mirco Magliocca

Venue de Lausanne, la production de Nabucco a tout pour séduire. Le décor spectaculaire se constitue d’une mappemonde (symbolisant le pouvoir), d’un pendule de Foucault (le divin), d’une cage annulaire (l’oppression), s’illuminant de trois couleurs selon les besoins de l’action. Les protagonistes sont rapidement identifiables, blanc virginal pour les Hébreux, rouge sang pour les Assyriens et noir pour les gens du pouvoir, Nabucco et Abigaille. Tout l’espace scénique est occupé, et il exige des choristes, excellents, et d’un groupe de seize danseurs très performants, d’effectuer figures et chorégraphies inspirées à la fois de la statuaire antique comme de la break dance, apportant au spectacle un dynamisme riche de sens.

Régal pour l’œil et pour l’oreille

Régal pour l’œil, ce Nabucco l’est aussi pour l’oreille. Le théâtre du Capitole, véritable écrin pour les voix propose deux distributions pour les huit représentations restantes. En ce soir de première, Nabucco et Abigaille étaient des prises de rôle. Le baryton albanais Gëzim Myshketa, entendu à Montpellier dans Rigoletto (2021), où la mise en scène cérébrale de Marie-Ève Signeyrole le contraignait, s’épanouit en roi pétri d’orgueil et de folie. Parmi tous les interprètes, sa voix s’avère la plus suave et souple. Dans cette œuvre énorme, on chante très en force. Nicolas Courjal, habitué des lieux, est un Zaccaria, hautain et intransigeant, dont le vibrato désormais plus marqué, ajoute de l’autorité au personnage. On reste plus réservé quant à Jean-François Borras, pour qui ce Verdi semble trop monochrome.

Parfaite sororité

Les deux principaux rôles féminins sont en parfaite sororité. La Fenena d’Irina Sherazadishvili est d’airain, mais elle offre un Oh, dischiuso è il firmamento aérien. Elle rivalise avec la Canariote Yolanda Auyanet, Abigaille en alternance avec Catherine Hunold. Voix immense, et comme se jouant de ce rôle redoutable, presque wagnérien dans sa monstruosité psychologique et musicale. Elle domine son « Ben io t’intevenni » et émeut dans « Su me … morente… esanime ».

Une fosse sublime

Dans la fosse l’orchestre sonne avec éclat dès les premiers accords, porté par la baguette équilibrée de Giacomo Sagripanti. Ni précipitation, ni lenteurs, mais un brio qui sublime le côté parfois pompier de la partition.

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