Le Miracle d’Héliane de Korngold : résurrection lyrique à Strasbourg
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Un siècle après sa création à Hambourg, Le Miracle d’Héliane de Korngold va connaître sa première française à l’Opéra national du Rhin, à Strasbourg, du 21 janvier au 1er février. C’est l’occasion exceptionnelle de découvrir une œuvre où se mêlent symbolisme, mysticisme, érotisme et rédemption par l’amour.
Le miracle, c’est la résurrection. Et Héliane, c’est la thaumaturge. Son mari, le monarque, impose un régime de terreur et de tristesse à son pays parce que son épouse se refuse à lui. Aussi a-t-il emprisonné et condamné à mort un étranger parce qu’il « veu[t] voir les êtres heureux » et a semé le trouble. Héliane viendra subrepticement visiter le prisonnier et s’en éprend. La tragédie commence.
C’est à partir d’une pièce de Hans Kaltneker (1895–1919), dramaturge de langue allemande aujourd’hui oublié, que Hans Müller-Einigen (1882-1950) établit le livret du quatrième opéra de Korngold ; il avait déjà signé le livret du deuxième, Violanta (1916). Son nom reste cependant associé à des opérettes dont il fut le librettiste, plusieurs composées par Ralph Benatzky, dont L’Auberge du Cheval-Blanc (1930).
L’argument du Miracle d’Héliane laisse imaginer un climat tout autre. Korngold requiert en effet un orchestre d’une centaine de musiciens (Strasbourg en propose un arrangement pour soixante-dix) : quatre flûtes (également piccolo), deux hautbois, un cor anglais, trois clarinettes, une clarinette basse, deux bassons, un contrebasson, quatre cors en fa, trois trompettes en ut, trois trombones, tuba, timbales, percussions (il faut trois percussionnistes) dont un glockenspiel, un xylophone, des cymbales, un gong, mais aussi une guitare, deux harpes, un célesta, un harmonium, un piano, un orgue, des cordes (souvent divisées !), un chœur et des musiciens en coulisse (six trompettes de fanfare, trois trompettes en ut, trois trombones, des percussions).
Malgré cet arsenal, Korngold cherche davantage à faire ruisseler la lave de la passion, de la volupté, de la sensualité, de la jalousie, de l’amertume, de la cruauté et scintiller les cieux que faire gronder le tonnerre. Sa musique qui n’oublie pas Wagner, Strauss et Mahler, laisse déjà percevoir comment elle évoluera à Hollywood. Grand spectacle et émotions fortes garanties !
ACTE I
« Heureux ceux qui aiment / Qui sont de l’amour, non de la mort / Et ressusciteront / Ceux qui sont tombés par amour » annonce d’emblée le chœur dans un ample tissu orchestral.
Dans sa cellule, l’étranger reçoit la visite du monarque. Il lui reproche d’avoir « allumé le rire dans le pays » et, après lui avoir confié être de ceux que « l’amour fuit », lui annonce qu’il sera mis à mort.
Intriguée, Héliane s’approche, elle aussi, de l’étranger « pour lui ôter la peur de [son] regard ». Un trouble s’installe aussitôt. L’étranger, éperdu, la supplie d’être sienne pour sa dernière nuit. Elle se dévêt mais reste chaste.
Le monarque revient et propose à l’étranger, lui le « magicien de l’amour », de lui laisser la vie sauve s’il lui révèle son secret, celui qui lui permettra de connaître enfin charnellement sa femme. Elle qui s’était cachée apparaît alors subitement et ordonne à son époux de se taire. Il la découvre nue, l’accuse d’infidélité et la livre à ses gardes pour être jugée.
ACTE II
Fou de rage, le monarque, qui a pourtant aimé sa femme, demande justice et hurle que « dans [s]on pays la mort punit l’amour ».
Reconnue coupable d’adultère, Héliane est condamnée à mort. Elle reconnaît s’être présentée nue devant l’étranger mais n’avoir été sienne qu’en pensée.
Dans un face-à-face tendu et passionné, l’étranger prie Héliane de se laisser embrasser et dans un geste sacrificiel, il se plante un poignard dans le cœur.
Le monarque met alors son épouse au défi de prouver son innocence en ressuscitant l’étranger, preuve de sa pureté. Devant la foule amassée, elle accepte.
ACTE III
La foule impatiente attend le miracle dans un climat de tension indicible. Héliane s’approche du cercueil où repose l’étranger. « Lève-toi » commence-t-elle à proférer avant de s’interrompre, bouleversée, et d’avouer : « Je ne peux pas ! Je ne peux pas ! Je l’ai aimé ».
La foule, furieuse, réclame alors le bûcher. Mais un coup de tonnerre retentit, la terre se met à trembler et le ciel s’éclaircit : l’étranger se lève !
Héliane s’en approche mais le monarque la transperce de son épée. L’étranger bannit le monarque qui, sans plus aucun pouvoir, quitte alors les lieux. La scène, envahie d’une lumière « d’une beauté irréelle », s’enneige de pétales. Unis dans l’amour, les deux amants s’élèvent dans le ciel. « Nous entrons dans la mort / Nous allons vivre / […]/ Et seul l’amour est éternité, éternité ».
Cette apothéose constate le triomphe de l’amour sur la tyrannie et la mort, dans une atmosphère de transfiguration quasi religieuse. On ne peut ignorer la figure christique de l’étranger ni le rôle médiateur de la femme entre ciel et terre dans un texte contourné, représentatif de la sensibilité fin de siècle. Korngold lui prête un habit orchestral d’une fascinante générosité et aux mille diaprures.
Informations pratiques
- Compositeur : Erich Wolfgang Korngold
- Œuvre : Le Miracle d’Héliane (Das Wunder der Heliane)
- Interprètes : Camille Schnoor (Héliane) ; Josef Wagner (Le Souverain) ; Ric Furman (L’Étranger) ; Kai Rüütel-Pajula (La Messagère) ; Damien Pass (Le Geôlier) ; Paul McNamara (Le Juge aveugle) ; Massimo Frigato (Le Jeune Homme) ; Chœur de l’Opéra national du Rhin ; Orchestre philharmonique de Strasbourg ; direction musicale : Robert Houssart ; Mise en scène : Jakob Peters-Messer.
- Lieu : Opéra national du Rhin — Strasbourg (Opéra)
- Dates : du 21 janvier au 1er février 2026
- Informations complémentaires et réservations sur le site de l’opéra














