Hommage évident à Callas, La Scala propose la version originale de Médée (1797). Comme Alessandro Baricco pour Homère, Iliade, Damiano Michieletto nous raconte une Médée sans dieux. Ni transcendance ni tragédie, on évolue dans le registre du drame domestique ou du fait divers.

Médée Cherubini Scala © Teatro alla Scala

Brescia e Amisano. Crédit photo : Teatro alla Scala

Tout se passe dans un salon bourgeois, aux murs parme, avec des invités de bonnes familles habillés de pastel. C’est le cadre de ce huis-clos sartrien, où l’enfer, c’est les autres. L’apparition de Médée mal fagotée, dérangeante, avec ses pierres (ou charbons ?) viendra rappeler les règles divines qu’on s’empressait d’oublier. La nouvelle mariée, Dircé, est vêtue de blanc, Médée de noir.

Médée, pour partie tragédie, pour partie opéra-comique dont la musique oscille entre Mozart (rondo de Dircé) et Beethoven (ouverture et invocations), est injouable. On doit à Michieletto l’idée astucieuse d’avoir remplacé les dialogues en alexandrins par des confidences chuchotées des deux enfants. Leur chambre jouxte le salon. Ils pressentent quelque chose d’anormal et le disent avec leurs mots d’enfants. Pas de poignard : la nièce de Dircé leur donne la mort par une cuiller de sirop. Ce geste si maternel est son adieu : c’est dans la douceur que les enfants rejoignent le sommeil éternel. L’émotion submerge lors du tableau final.

Marina Rebeka souffrante est remplacée au pied levé par Claire de Monteil, grande voix, timbre de velours et superbe legato. Après une première aria un peu hésitante, la soprano française prend confiance et termine en force, portée par l’ovation du public. Martina Russomanno donne du rondo de Dircé « Hymen ! viens dissiper » une leçon élégante. Pour l’air de Néris « Ah ! nos peines », le public est entièrement suspendu à la voix d’Ambroisine Bré et du basson de Gabriele Screpis. Stanislas de Barbeyrac se distingue par un Jason énergique et désespéré, à la diction exemplaire. Le rôle de Créon ne semble en revanche pas convenir à Nahuel Di Pierro.

Il y aurait certes à redire sur la direction d’acteurs, en particulier du chœur. Ce dernier, dans un beau français, donne une puissante lecture de la partition de Cherubini, exaltant la dimension d’oratorio latente de cet opéra-comique. À l’exception de l’ouverture, lourde, le talentueux Michele Gamba sait faire ressortir les teintes mozartiennes et révolutionnaires de la partition. Dans l’ensemble, un spectacle ambitieux et réussi, salué par un public conquis.

Milan, La Scala, le 23 janvier.

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