Un grand anneau de métal tombe des cintres et valse sur lui-même avant de se coucher au sol. Surgissent alors, de la fosse le fameux accord de mi bémol majeur des contrebasses, puis de la pénombre les Filles du Rhin dédoublées, naïades et chanteuses, sous le ruissellement d’or d’un rayon singulier perçant une cascade de vapeur.

Gabor Bretz et Marie-Nicole Lemieux. Crédit photo : Monika Rittershaus

À jardin, se glisse Alberich, lié à une poutre d’acier suspendue, opposant ainsi nature idéalisée et brutalité humaine. Ainsi commence le nouvel Or du Rhin de La Monnaie, trente-deux ans après le Ring marquant signé Herbert Wernicke.

Avec Romeo Castellucci revient le temps des images signifiantes. Le plasticien italien, qui avait initié sa carrière lyrique à Bruxelles avec un Parsifal sidérant en 2011, nous offre les visions grandioses que suscitent les partitions dans son imaginaire. Et ce prologue d’un nouveau RingLa Walkyrie suivra en janvier – subjugue. À la scène II, le blanc immaculé d’un musée d’antiques est envahi par la fluidité mouvante de quatre-vingts corps nus allongés au sol, sur lesquels les dieux vêtus de noir avanceront gauchement avant de devenir groupe d’enfants face aux géants, puis vieillards affaiblis. Et si Nibelheim n’impressionne guère, la beauté et la force de la scène IV éblouit. Dans cette mythologie onirique et puissante, l’anneau fera unité, servant de roue de torture à Alberich vaincu et nu, dégoulinant de naphte noire, ou de fosse par laquelle les dieux, en blanc, bras en croix, se renverseront vers le vide d’un Walhalla souterrain, après qu’un immense crocodile noir s’est écrasé sur le cadavre de Fasolt. Magistral !

Crédit photo : Scott Hendricks

Les images ne parasitent pourtant pas la musique – plaie trop fréquente – et laissent la battue d’Alain Altinoglu prouver une fois encore qu’il a le sens de Wagner, qu’il joue naturel, allant, narratif, sensuel, formellement séduisant, et en équilibre parfait avec un plateau vocal qui accumule les prises de rôle réussies. C’est le cas du Wotan de Gábor Bretz, plus élégant que viscéral, au contraire de son double noir, l’Alberich de Scott Hendricks, formidable, de Nicky Spence, Loge ludique et complice, de Marie-Nicole Lemieux généreuse et noble Fricka, et des magnifiques géants d’Ante Jerkunica et Wilhelm Schwinghammer, du Mime de Peter Hoare…

Castellucci annonce que la suite sera très différente.  Raison de plus pour y courir.

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