Certes, on célébrera le 2 décembre le centième anniversaire de la naissance de Maria Callas, et le nouveau roman d’Éric-Emmanuel Schmitt tombe donc à pic. Pourtant, les mélomanes n’y trouveront rien de neuf sur La Divina, hormis quelques belles réflexions comme cette remarque : « C’était une voix imparfaite qui rêvait à d’autres voix ». Non, le véritable intérêt de ce texte court, c’est d’offrir un terrifiant portrait de la médiocrité humaine, celle qui ne supporte pas qu’on chante, qu’on pense ou qu’on vive différemment (et donc peut-être mieux).

Carlotta Berlumi, ex-soprano centenaire, est complotiste. Forcément. Pour elle, il n’y a pas d’autre explication à la longue dégringolade que fut sa carrière : c’est la faute à Callas. Cette théorie est « rassurante car l’existence avait acquis une lisibilité extraordinaire ». Avant de mourir comme le Nain de Zemlinsky, Madame Berlumi a le temps d’exprimer sa détestation de tout ce qui n’est pas strict belcanto, à savoir le baroque et le contemporain∘: « Vous appelez ça de la musique, vous ? »

Enfin et surtout, à l’heure où se multiplient les déclarations poujadistes qui jettent le bébé avec l’eau du Regietheater, il est bon de lire ces lignes où, face à La traviata montée par Visconti, la Berlumi s’accroche fermement à ses convictions d’arrière-garde : « Au lieu d’assister à un agréable divertissement, elle endurait quelque chose de monstrueux, d’une expressivité excessive ». Car chacun sait que l’opéra, ce sont uniquement « de belles notes qui jaillissent de beaux gosiers, du plaisir, rien que du plaisir »…

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