À Liège, Lady Ariane et MacBarbe-Bleue
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À l’Opéra Royal de Wallonie-Liège, Stefano Poda transpose Macbeth dans un univers monumental où se retrouvent ses motifs familiers. Si la beauté plastique de la réalisation séduit, la direction d’acteurs peine à donner toute sa force dramatique à la partition de Verdi. Heureusement, le chef Giampaolo Bisanti et un excellent quatuor vocal assurent le spectacle.
Les spectacles de Stefano Poda restent toujours — sauf exceptions remarquables — un peu prévisibles, comme autrefois ceux de feu Bob Wilson. On peut ainsi s’attendre à ce que l’action se déroule dans une grande boîte blanche percée de hautes portes, et à ce que défilent sur le plateau des processions de figurants également nus ou tout de blanc vêtus. Tandis que le Capitole de Toulouse s’apprête à reprendre Rusalka de Dvořák, l’une des superbes exceptions, l’Opéra de Liège a confié au metteur en scène, décorateur, costumier, chorégraphe et éclairagiste italien le soin de monter Macbeth de Verdi pour son ouverture de saison.
Tissant des liens entre la Ville Rose et la métropole wallonne, Poda a décidé de prouver qu’un lien unit Maeterlinck à Shakespeare, en situant ce drame de l’ambition dans à peu près le même décor que pour son Ariane et Barbe-Bleue de Dukas à Toulouse en 2019 : on reconnaît aussitôt les moulages de corps humains enchevêtrés et les escaliers qui parcourent le décor de haut en bas. Cette fois, les costumes sont majoritairement noirs et évoquent un peu Game of Thrones, les exilés sont en blanc et la forêt de Birnam devient une sorte de mikado géant, dont les bâtons rouges sont les branches.
Une esthétique spectaculaire, une direction d’acteurs limitée
Tout cela est esthétiquement assez réussi, comme toujours, et une grande partie du public sort de la salle convaincu d’avoir assisté à un spectacle « moderne ». Certes, l’intrigue est située dans un décor unique et relativement abstrait, certes elle pourrait se dérouler n’importe quand et n’importe où, mais l’apport de la modernité au monde de l’opéra, il y a de cela une cinquantaine d’années, consista à renforcer le jeu théâtral des chanteurs, et sur ce plan-là, le spectacle de Stefano Poda n’est pas « moderne ».
En effet, s’il se trouve par bonheur que l’interprète du rôle-titre mène aussi une carrière d’acteur – cela se sent dans la liberté et le naturel de son jeu, ainsi que par sa forte présence – on constate vite un certain déséquilibre au sein du couple : livrée à elle-même, Lady Macbeth doit se contenter de grimacer en faisant voler sa cape comme une Cruella de bas étage (et quelle idée de lui faire manger la lettre lors de son entrée en scène !).
Un spectacle musicalement réussi
Sur le plan musical, par bonheur, Liège a incontestablement réussi son coup. Dans un répertoire où il s’épanouit depuis longtemps, l’orchestre maison est tout à son affaire, sous la direction vigoureuse et efficace de Giampaolo Bisanti, auquel on sait gré d’avoir conservé le ballet ajouté pour Paris en 1865, qui justifie la présence de la quinzaine de danseurs, dès le lever du rideau. Malgré quelques entrées qu’on pourrait souhaiter plus précises, le chœur répond avec une belle ferveur aux exigences de la partition.
Côté solistes, outre des figures secondaires parfaitement tenues, on s’attardera surtout sur le quatuor central. De Macduff, rôle assez limité en temps de présence sur scène, le ténor Matteo Desole tire le maximum, malgré un costume qui n’aide guère à le distinguer de Malcolm. Comme toujours, Gianluca Buratto n’a qu’à ouvrir la bouche pour éblouir l’auditeur, grâce à un timbre de basse tel qu’on en rencontre peu, d’une noirceur implacable sans rien de charbonneux ; son Banco est impressionnant de majesté.
Ewa Płonka suscite l’intérêt par sa manière de concilier un médium particulièrement charnu, qui confère à son chant une expressivité enviable et une virtuosité indispensable pour satisfaire les exigences du rôle, même si l’on regrette que ses aigus n’aient pas tout à fait la même ampleur que le reste de sa tessiture. Quant à Luca Micheletti, outre ses ressources strictement théâtrales dont il a été question plus haut, il se montre vocalement tout aussi convaincant, avec un timbre tout à fait adéquat pour les emplois verdiens qu’il est déjà à même de défendre à 40 ans tout juste.
Opéra Royal de Wallonie-Liège, vendredi 18 septembre 2026.
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