Quand la chanson raconte l’Histoire

Published On: 19 juin 2026|
Temps de lecture : 3 minutes

Les Lunaisiens poursuivent leur exploration du vaste répertoire de la chanson française. Après la Révolution française, l’Empire et plusieurs anthologies consacrées au XIXe siècle, ils proposent un panorama de l’histoire de France, « entre les temps immémoriaux du royaume franc et ceux du grand Versailles, entre faits glorieux et maladresses inavouables », où des airs anonymes croisent des mélodies de Méhul ou Mouret. Un voyage érudit et vivant où se croisent souverains, héros légendaires et grandes figures du passé.

Comment avez-vous conçu votre programme ?

Comme une large chronique musicale puisqu’il commence avec le mythique roi Pharamond, « premier roi franc » comme dit la chanson, et va jusqu’à la Révolution française. Je ne voulais pas aller au-delà car nous avons déjà consacré plusieurs disques au XIXe siècle.

Ce travail sur la chanson française s’inscrit aussi bien dans l’histoire de la musique que dans celle de la littérature.

Oui, c’est effectivement un répertoire qui s’inscrit entre les deux même si les textes mis en musique ne sauraient rivaliser avec la grande poésie. Ces paroles reflètent l’actualité, évoquent des personnages célèbres ou des souverains, comme Henri IV ou Louis XIV. Ce répertoire intéresse beaucoup les musiciens qui prennent un immense plaisir à l’interpréter.

Quelle marge de liberté ce répertoire autorise-t-il ?

Grande. Il ne faut pas hésiter à improviser. Notre propos n’est pas de viser une quelconque authenticité. L’idée est de se mettre dans la tête d’un Saint-Simon ou d’un La Fontaine pour rendre compte des événements.

Le ténor Cyrille Dubois figure à nouveau à l’affiche de ce disque. Travailler régulièrement avec les mêmes artistes est important ?

C’est surtout travailler avec des amis musiciens comme la mezzo-soprano Lucile Richardot. Cyrille Dubois sait mettre sa technique de chanteur d’opéra au service de la chanson. Nous a également rejoints la soprano Jenny Daviet qui vient de la musique contemporaine et que j’ai rencontrée à l’Opéra de Rouen.

Comment les textes et les musiques étaient-ils associés ?

On utilisait parfois des timbres, c’est-à-dire des airs connus. Mais la plupart de ces textes étaient simplement lus comme La Rupture avec Montespan qui raconte comme le roi lui préfère Madame de Maintenon.

Quelles études et quelles sources avez-vous utilisées ?

Tout d’abord les travaux remarquables de la musicologue et harpiste France Vernillat et de l’auteur Pierre Barbier qui, entre 1956 et 1961, ont publié chez Gallimard une anthologie de la chanson populaire politique comportant huit volumes accompagnés de vingt disques qui couvrent plus de sept cents ans d’histoire, des Croisades à 1918. L’ensemble a été synthétisé en 1982 en une Histoire de France par les chansons et réunit « 306 belles chansons satiriques et historiques ». Nous y avons puisé La Mort de La Palice (1526), La Chanson du printemps retourné (1586), Naissance de Louis XIV (1643), La Rupture avec Montespan (vers 1682).

Avez-vous puisé dans des recueils de chansons ?

Oui, dans le répertoire de la Société du Caveau, confrérie chantante et littéraire, créée en 1729 par Pierre Gallet qui se réunissait régulièrement dans un cabaret de la rue de Buci, à laquelle je m’intéresse depuis longtemps. Nous avons notamment trouvé un ensemble de chansons évoquant des personnages célèbres comme Pharamond, déjà cité, ou Héloïse et Abélard. Et puis nous avons utilisé le recueil de chansons populaires de l’éditeur Henry Louis Delloye, qui, en 1843, redécouvre les grands classiques de nos chansonniers. Y figure notamment la Chanson de Roland sur une musique de Méhul et Le Vieux Château des Ardennes, ballade fantastique écrite en 1788 par le poète Jacques Cazotte. Il entreprend un travail semblable à celui de Viollet-le-Duc et Mérimée qui se passionnaient pour le patrimoine national et le Moyen Âge. La mémoire de la pierre rencontre celle de la chanson en ce XIXe siècle. Cet ensemble constitue un récit de l’histoire de France mais il faut la prendre avec des pincettes. La Société du Caveau n’est pas censée faire de la politique mais celui qui écoute ces chansons lui donne un sens politique. Mais la France a la culture de la chanson politique et de la caricature.

Informations pratiques

  • Titre : Jadis & Naguère
  • Interprètes : Les Lunaisiens
  • Label : Seulétoile (1 CD)
  • Date d’enregistrement : 2025
  • Durée : 1 h 04 min

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