L’Orfeo de Monteverdi avec la Cappella Mediterranea, c’est à la vie à la mort et même « à la résurrection » dans l’acoustique de la Cité Bleue.

Orfeo Monteverdi Cité Bleue ©François de Maleissye-Cappella Mediterranea

Crédit photo : François de Maleissye / Cappella Mediterranea

Pour la réouverture de cette ancienne salle genevoise (1968), une proximité physique et sonore s’invite entre scène et public (300 places) grâce à la réverbération du système acoustique Constellation.

En soirée inaugurale, la version concertante de L’Orfeo devient une mise en espace spontanément esquissée depuis l’empreinte laissée par le travail des artistes avec Jean Bellorini au festival de Saint-Denis en 2017. Sous les cônes verdoyants de lumière, les amours d’Eurydice et Orphée réjouissent les nymphes et bergers. Lors de la descente aux Enfers, ces faisceaux rougeoient puis s’ombragent lorsque le trépas du poète-chanteur se mue en résurrection auprès d’Apollon. Protagonistes et choristes se déplacent sur le modeste plateau qui affleure la fosse. Leur présence en demi-cercle englobe le jeu prosaïque des pâtres ou bien anime d’endiablés pas de danse lors de la fête nuptiale. Ceux d’Orfeo y croisent les bonds du premier violon Yves Ytier, danseur avec l’archet en main !

La dramaturgie investit d’autres espaces. Dès la vivifiante Toccata, saqueboutes et cornets à bouquin proches des auditeurs (à cour) sonnent en antiphonie avec les cordes (à jardin). Plus tard, la stéréophonie baroque se verticalise depuis le balcon de la salle : une chanteuse (Espoir) ou des instruments, en écho au lamento d’Orphée, dialoguent avec les terriens. Autant dire que l’auditoire est subjugué par cette immersion.

Une famille artistique créée par le maestro

Les musiciens de la Cappella font palpiter les émotions sous la direction de Leonardo García Alarcón, au clavecin, qui a tant côtoyé cette favola in musica avant de l’enregistrer (Aparté, 2021). Leur griffe est de transformer le recitar cantando en respirations de vie tout en jouant sur l’expansion des tempi pour traduire la catharsis. La richesse du continuo s’appuie sur le chatoiement des cordes pincées qui trament l’harmonie. Celle du Chœur de chambre de Namur ravit par la plénitude des équilibres vocaux et l’osmose avec tous.

Dans cette famille artistique créée par le maestro, Mariana Flores (Euridice) empoigne les aigus avec brillance ou en les filant. Le ténor Valerio Contaldo (Orfeo) excelle dans l’ornementation fusant de sa douleur (stile concitato) avec une corporéité très latine. Bouleversante Messagère, la mezzo Giuseppina Bridelli livre le pic émotionnel d’une soirée qui ménage divers émois, dont celui de la souveraine Anna Reinhold (Proserpina) au timbre mordoré, de l’émouvant Apollo (Alessandro Giangrande). Si les basses Andreas Wolf (Plutone) et Salvo Vitale (Charonte) font valoir leur résonance caverneuse, la magie de la fable surgit du poétique interlude que la lyre d’Orfeo déploie pour attendrir le cerbère. Marina Bonetti le fait éclore debout, face à sa harpe. C’est cependant la Moresca festive qui déchaine une standing ovation. Elle s’enchaîne aux remerciements que le charismatique chef adresse à chaque membre de la Cité Bleue.

Orfeo de Monteverdi, Genève, La Cité Bleue, 9 mars