L’Or du Rhin à Bayreuth

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Published On: 15 septembre 2024|
Temps de lecture : 3 minutes

Face au Ring de Valentin Schwarz, encore à côté de la narration du texte et qui cherche encore ses marques musicales, le public de Bayreuth accepte tout.

Ring de Bayreuthe 2024 ©Enrico Nawrath

Crédit photo : Enrico Nawrath

Bayreuth se prépare à célébrer ses 150 ans, l’été 2026, avec les dix ouvrages du répertoire figé par Wagner, et, révolution, Rienzi, donné pour la première fois au Festspielhaus. Mais on murmure que le Ring serait donné semi-staged, ce qui n’étonne guère, vu la dimension scénique de la version actuelle, bien peu apte à se mesurer au souvenir de la légende Chéreau-Boulez, dont on fêtera alors le cinquantenaire.

Une proposition décevante

En fait, on mesure, au rideau final de L’Or du Rhin et à ses applaudissements, intenses, mais courts pour les habitudes du lieu, à quel point le public du festival accepte tout. En sa troisième année, ce Ring signé Valentin Schwarz reste encore à côté de la narration du texte – que Wagner considérait comme primordial dans sa leçon philosophique – comme du commentaire qu’en fait la partition. Car il leur ajoute un autre récit. Pire, ce Ring cherche encore ses marques musicales : trois chefs en trois ans, c’est un symptôme d’épuisement. Après Cornelius Meister et Pietari Inkinen, Simone Young n’a pas su gérer les contraintes de plastique sonore de l’abîme mystique : le son semble toujours trop mixé, adouci, tétanisé même sans que rien de marquant n’arrive à en sortir pour imposer des instants mémorables, hors quelques belles sonorités chambristes. L’impression fausse de longueur ressentie n’est que la marque de l’ennui qui se dégage de cette proposition décevante.

Pas d’affiche de premier rang côté distribution

Côté distribution, à part pour Alberich, Fricka, Erda et Fasolt, on a beaucoup renouvelé, sans trouver une affiche de premier rang. Le Wotan de Tomasz Konieczny manque d’unité de ton, et se bat contre un instrument plus incertain qu’indocile. Face à lui, l’Alberich d’Olafur Sigurdarson, plus puissant que noir, est d’une autre tenue, même si sa malédiction manque de ce qui en fait une menace universelle. Le Loge de John Daszak déçoit, tant il met du temps à chauffer un timbre qu’on sait ingrat, mais percutant, ici peu exploité. Un bon Donner (Nicholas  Brownlee), un Froh pâle (Mirko Roschkowski), s’effacent devant la Fricka de Christa Mayer, lyrique sinon imposante, la Freia pénétrée de Christina Nilsson, et surtout l’Erda majuscule d’Okka von der Damerau, somptueuse. Un Mime écrasé par ce qu’on lui fait faire (Ya-Chung Huang), des géants corrects (Jens-Erik Aasbø, Fasolt sympathique, et Tobias Kehrer), sans plus, et des Filles du Rhin bien moyennes, ne font pas une distribution majeure.

Nouveau mais simpliste

C’est qu’au-delà de la battue trop plate pour les pousser au dépassement vocal, et malgré un investissement théâtral réel, il manque avant tout ici une adéquation des personnages à leur dessin musical. Car Valentin Schwarz, qui n’a que faire du mythe wagnérien, raconte une histoire de famille croustillante, façon Dynastie ou Succession. Des idées fusent, prometteuses pour certaines, comme les jumeaux que le Prélude expose dans le ventre maternel, qui se haïssent déjà, et qui adultes, se battront non sur la question du pouvoir universel, mais sur celui de la descendance. D’autres inexploitées. L’Or, ici, c’est un gamin, vêtu de jaune, fort mal élevé, cruel (on sait déjà qu’il sera plus tard Hagen), que papa Alberich, le malfrat pouilleux, enlève dans la piscine familiale où jouent les petites Walkyries de demain.

À partir de là, tout est possible, comme ce pistolet remplaçant la lance du dieu dans une Desert House façon Richard Neutra à Palm Spring, où Erda est gouvernante, comme l’inexistence des transformations d’Alberich ou de l’arc-en-ciel, jusqu’au suicide de Freia… Si c’est nouveau, c’est aussi simpliste, dispersé, incohérent : bref, voilà L’Or du Rhin le plus médiocre qu’on ait vu et entendu ici en près de 60 ans.

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