Liszt olympique à Châteauroux

Par |Published On: 23 octobre 2024|

La ville de Châteauroux ayant accueilli les épreuves de tir des derniers JO, c’est tout naturellement « Liszt l’athlète ! » qu’entend fêter cette vingt-troisième édition des Lisztomanias.

Joseph Moog © Benjamin Steimes

Joseph Moog. Crédit photo : Benjamin Steimes

Au combien athlétique est le programme fleuve conçu spécialement par le phénoménal Joseph Moog ; un artiste qui vise juste, tant il est vrai, selon le bon mot d’Artur Schnabel, que « l’inconvénient du piano, c’est que chaque bonne note est située entre deux mauvaises ». S’il sait que toute la Wanderer-Fantaisie ou presque est d’abord en bourgeon dans son incipit, Moog emprunte des chemins de traverse où le roboratisme le cède à la rêverie, comme dans les trois Sonnets de Pétrarque proposés dans leur rarissime version originale (étonnante introduction du Sonnet 104 !). Dans la Leggierezza, la main droite déroule ses rubans de doubles croches à l’aigu cristallin.

La générosité des bis nous vaut un festival de friandises musicales où une valse langoureuse de Sibelius tend la main à une réjouissante pochade caf’conc de Pierre Petit (détenteur du Grand prix de Rome). Sans que cela ne tourne à l’avantage de l’un ou l’autre pianiste, les différentes manières de concevoir l’ébouriffante Tarentelle en bouleverse l’atmosphère du tout au tout : Moog compense un certain déficit d’italianità (on eût aimé davantage d’inflexions belcantistes aux Réminiscences de Norma) en coulant Venezia e Napoli dans le moule (et l’allure) d’une Rhapsodie hongroise, avec canzone-lassan et tarentelle-friska.

Changement de ton avec Vadym Kholodenko

Changement de ton le lendemain avec Vadym Kholodenko qui, en enchaînant sans interruption cette même Tarentelle dépareillée à une visionnaire Dante-Sonate, la mue en une « danse de Méphisto » inédite. Toucher magique, vraiment, que celui de l’Ukrainien : pneumatique, il fait oublier la mécanique de l’instrument ; sensitif, il sonde avec une divination de sorcier les différentes geôles de l’Enfer imaginées par le poète, entraînant l’auditeur dans son cauchemar. Qu’une approche peut-être trop esthétisante affleure parfois au détour d’un bouquet de Mazurkas (celles de la fin : op. 41 et op. 56) n’empêchera pas sa Sonate n° 3 de Chopin et son « Lento » susurré à fleur de touche de trouver le chemin du cœur.

Gaspard Dehaene est resté en-deçà

Fin et courageux musicien, Gaspard Dehaene est resté en-deçà du massif des Études transcendantes : encore trop de scories et de césures inappropriées qui compartimentent les séquences. Mais athlétisme et virtuosité sont noués comme lianes d’une même souche et d’une même terre appelées poésie. Cela, Dahaene l’a compris… et c’est bien la leçon à retenir de ces olympiques Lisztomanias 2024.