Pour fêter ses 20 ans, Lille Piano(s) Festival a proposé lors d’un marathon Mozart un large florilège de ses œuvres pour clavier par des interprètes de toutes générations.

@ Ugo Ponte ONL

Crédit photo : Ugo Ponte / ONL

À l’Auditorium du conservatoire, la Russe Anna Tsybuleva (Premier Prix du Concours de Leeds 2015) fait une incursion hors de la geste mozartienne avec l’intégrale des Préludes de Debussy. Elle ne dégage guère de mystère (Danseuses de Delphes), se révèle assez prosaïque (La Cathédrale engloutie ou La Terrasse des audiences du clair de lune) et se perd quelque peu dans la volupté sonore des Feux d’artifice.

Dans l’Auditorium du Nouveau Siècle, retour à Mozart avec un Pierre-Laurent Aimard trop proche du texte dans le Concerto pour piano n° 5. En compagnie du même Orchestre Royal de Chambre de Wallonie, entraîné par son violon solo Jean-Frédéric Molard, le jeu suprêmement élégant de Cédric Tiberghien transcende le Concerto pour piano n° 12. Le Concerto n° 7 pour trois pianos bénéficie quant à lui de l’interprétation ludique du Geister Duo avec l’appoint de Tiberghien au troisième piano.

Dans la même salle, fringant et vif-argent à 88 ans, Jean-Claude Casadesus se met au diapason du classicisme quintessencié d’Abdel Rahman El Bacha qui interprète sans discontinuité ses propres cadences dans les Concertos n° 25 et n° 26. Plus sombre, Adam Laloum donne à l’ultime Concerto n° 27 une tonalité préromantique et rêveuse face à un Orchestre national de Lille toujours en pleine forme après une intégrale très réussie de la musique de Sibelius durant cette saison.

L’Allemand Herbert Schuch s’attaque sans frémir à l’intégrale des sonates du compositeur autrichien, un défi auquel il répond avec un sens de la construction qui relègue la confidence et la pudeur au second plan sans chercher à cultiver les oppositions de timbre. Toutefois, l’humour haydnien (finale de la Sonate n° 3 K. 281) et la virtuosité débridée de la Sonate n° 9 K. 311 recèlent de belles qualités digitales.

Somme toute, ce marathon Mozart aux caractéristiques diverses remplit son contrat et offre à un public fidélisé depuis de nombreuses années un voyage de qualité dans le corpus pour clavier du divin Amadeus.

Lille Piano(s) Festival, Auditorium du Nouveau Siècle et Auditorium du Conservatoire, le 15 juin.