Atmosphères citadines de Ligeti à Strauss
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Dans le cadre feutré de la salle Cortot, l’Ensemble Atmosphères, dirigé par Ilyich Rivas, proposait un programme à la fois exigeant et finement construit, traversant un siècle de création musicale autour d’une figure centrale : le cor, magnifié par le jeune et brillant Ben Goldscheider.
La première partie s’ouvrait avec Stages (2022) d’Alissa Firsova (née en 1986), donné en création française. L’œuvre s’inspire du poème éponyme de Hermann Hesse et s’inscrit dans une filiation musicale riche, entre héritage postromantique et modernité expressive. La compositrice russo-britannique y prolonge l’élan de la tradition mahlérienne et straussienne, qu’elle mêle à des accents expressionnistes plus âpres. L’œuvre déploie un lyrisme intense, porté par une écriture où la trompette de Raphaël Horrach, tantôt éclatante, tantôt élégiaque, se pare par instants de teintes jazzy.

Justesse, virtuosité et intelligence du phrasé
Œuvre majeure du répertoire pour cor, quoique rarement donnée, le Concerto hambourgeois (1998) de György Ligeti (1923-2006) met en jeu un dialogue fascinant entre cor moderne et références au cor naturel. Ben Goldscheider, très impliqué dans la création et la musique du XXe siècle, s’y impose avec une maîtrise impressionnante : justesse irréprochable, virtuosité fluide, mais surtout intelligence du phrasé, rendant lisible la complexité rythmique et microtonale de l’œuvre. Loin d’un simple exploit technique, son interprétation éclaire la poésie singulière de Ligeti, entre archaïsme et modernité.
De Jörg Widmann à Richard Strauss
Après l’entracte, le bref mais intense Air (2005) de Jörg Widmann (né en 1973) offre une respiration. Le cor y devient voix, souffle, présence humaine. Ben Goldscheider y déploie une palette expressive remarquable, jouant avec les limites du son et du silence.
Le voyage se poursuivait avec Chôros n°4 (1926) de Heitor Villa-Lobos (1887-1959), pièce singulière mêlant esprit populaire et écriture savante. La formation de chambre, inhabituelle (trois cors et un trombone), tisse une texture sonore aux couleurs chaleureuses et contrastées, tout en faisant preuve d’une grande vitalité rythmique.
Enfin, Le Bourgeois gentilhomme, que Richard Strauss (1864-1949) a composé dans les années 1910 pour la pièce de Molière adaptée par Hofmannsthal, clôturait la soirée sur une note plus théâtrale. Cette suite pleine de vivacité, témoin du tournant stylistique de Strauss après la puissance dramatique des opéras Salomé et Elektra, revisite le baroque avec élégance et ironie, puisant dans l’esprit français, notamment celui de Lully, tout en y injectant une richesse harmonique héritée d’un romantisme finissant. Sous la baguette toujours inspirée d’Ilyich Rivas, l’Ensemble Atmosphères y démontre sa grande finesse, alternant légèreté, précision et sens du caractère, sans jamais tomber dans la caricature.
Paris, salle Cortot, le 24 avril.
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