L’Évangile selon Sasha Waltz

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Published On: 30 octobre 2024|
Temps de lecture : 3 minutes

La chorégraphe berlinoise Sasha Waltz présente sa Passion selon saint Jean de Bach. Un choix stylistique radical.

Sasha Waltz, La Passion selon Saint-jean, Opéra de Dijon ©Mirco Magliocca

Crédit photo : Mirco Magliocca

Ses mises en scène ont marqué les années de Michel Franck au Théâtre des Champs- Élysées depuis Passion de Dusapin à son arrivée en 2010, suivi de la commémoration du centenaire du Sacre du printemps en 2013. La chorégraphe allemande Sasha Waltz présente sa Passion selon saint Jean de Bach avenue Montaigne – une mise en scène déjà saluée à Salzbourg au Festival de Pâques en avril dernier, puis à l’auditorium de Dijon. À ses côtés, Leonardo García-Alarcón, la Cappella Mediterranea et le Chœur de chambre de Namur la suivent pour cette troisième étape. « Je me réjouis d’amener cette production au Théâtre des Champs-Élysées. C’est un lieu absolument magnifique avec une superbe acoustique. On y ressent tout l’esprit d’une époque », s’enthousiasme Sasha Waltz, encore marquée par son projet aux côtés du Ballet Mariinsky en 2013, lors de la restitution de la version d’origine du Sacre, adossée à sa propre lecture.

Libre du travail passé

Écho à la Passion de Dusapin, cette nouvelle chorégraphie s’affranchit très librement du travail passé : « Il ne faut pas chercher de continuité entre ces deux mises en scène : les partitions sont vraiment différentes », insiste la danseuse allemande.

Soutenue par la théâtralité du langage de cette Passion – la plus lyrique et intimiste du Cantor de Leipzig – la chorégraphe a développé un propos universel, ancré dans le monde : « La forme de l’oratorio me donne beaucoup de liberté pour mettre au point la scénographie. On retrouve bien sûr le personnage de Jésus, et les onze apôtres incarnés par les danseurs, mais j’ai souhaité insister sur la résonance contemporaine afin d’ouvrir un large espace à l’empathie. Qui porte la croix aujourd’hui ? C’est une question que soulève ce spectacle, surtout dans le contexte politique et de guerres actuel. »

Mise en scène minimaliste

La mise en scène minimaliste avec des tons neutres s’inscrit dans le style radical de Sasha Waltz, qui fait le choix d’un dépouillement absolu, jusqu’à la nudité des protagonistes. « Mon spectacle est très simple, existentiel. J’ai voulu m’éloigner d’une conception riche et décorative de la chorégraphie ». Inspirée notamment par le travail du peintre allemand du XVe siècle, Matthias Grünewald, la chorégraphe rend hommage à son Retable d’Issenheim, exposé au musée Unterlinden de Colmar, dans un des tableaux du spectacle.

Particulièrement sensible à l’art chorégraphique, Leonardo García-Alarcón a été un partenaire de choix dans cette entreprise, en facilitant le rapprochement de ses musiciens avec les danseurs : « J’ai souhaité offrir la scène aux instrumentistes pour les mettre en valeur, souligne la chorégraphe. L’écoute est toujours plus fine lorsque l’on voit le musicien – certains participent même aux tableaux ! ».

Un défi de taille

Sasha Waltz a dû ainsi relever deux défis de taille : celui de rassembler les membres d’ensembles indépendants dans une même vision et celui de mettre en espace et en mouvements une musique très cérébrale : « La Passion est complexe, surtout sur le plan rythmique. Nous sommes particulièrement fiers d’avoir uni le chant, l’accompagnement instrumental et la danse avec une telle symbiose. »

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