Extraordinaire opéra de Bernd Alois Zimmermann, créé à Cologne en 1965, Les Soldats reviennent enfin à Paris dans une production de leur ville natale, avec un impressionnant Orchestre du Gürzenich.

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Crédit photo : Antoine Benoit-Godet/Cheeese

Conçu sur un livret du compositeur, d’après un drame de Jakob Lenz (1751-1792), cet opéra expressionniste s’affirme au miroir du Wozzeck de Berg.

La descente aux enfers de Marie – Emily Hindrichs nuançant à la perfection ses émotions – victime de ses espérances à s’élever socialement en flirtant avec l’officier Desportes – Martin Koch, butor aristocrate malsain à souhait – est efficacement déployée par la mise en espace de Calixto Bieito avec son estrade anonyme où s’alignent d’impersonnelles chaises de bureau. Toute la distribution est superlative, de l’infortuné drapier Stolzius, promis bafoué de Marie – impeccable Nikolay Borchev – à Wesener, père de celle-ci – impérieux Tómas Tómasson – en passant par la fantasque comtesse de La Roche – théâtrale Laura Aikin – qui veut préserver son fils de la tentation de la chair – sujet obsessionnel de Lenz.

Sous l’égide de son directeur musical, François-Xavier Roth, l’orchestre de Cologne s’impose magistralement en faisant entendre tous les plans sonores du fascinant maelström hallucinatoire de Zimmermann, les polyrythmies et superpositions au raffinement chambriste, la complexité des séries, les différentes strates simultanées des polyphonies d’actions, avec une subtile amplification et une spatialisation de ce grand cri d’effroi face à l’effondrement spirituel du monde moderne.

 

Les Soldats de Bernd Alois Zimmermann, Paris, Philharmonie, le 28 janvier

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