Au Palais Garnier, David McVicar transpose avec succès le Médée de Charpentier dans l’univers de la Royal Navy. La production conjugue un casting juste et équilibré aux talents du Ballet de l’Opéra de Paris et des Arts Florissants. 

Médée ©-Elisa-Haberer

Crédit photos : Elisa Haberer

Au fur et à mesure de ses reprises, cette production de Médée, venue de l’English National Opera (2013) et applaudie en 2019 à Genève, démontre toutes ses qualités scéniques. David McVicar a encore affûté son mélange d’humour et d’élégance. On retrouve cette action située dans les années 1940, dans l’antichambre à l’architecture classique d’un ministère de la Guerre. Jason appartient à la Royal Navy, Oronte à l’aviation américaine, et Créon a tout du Général de Gaule… Laurent Naoury, en grand Charles, s’y avère parfait de diction et d’aplomb.

L’univers militaire est prétexte, durant le premier acte, à un ballet façon Village People, puis à l’arrivée, au deuxième, d‘un avion pailleté de rose, le Cupidon, d’où descend l’Amour, incarné par Julie Roset. Le ballet de l’Opéra de Paris y est éblouissant. L’acte III, dépouillé, voit Médée se vouer, pieds nus et nuisette sombre, à la jalousie et à la haine. Des Furies chauves et saignantes surgissent du sol, se déchirent et se dévorent sous les cendreux éclairages de Paule Constable.

« Et que le crime nous sépare, comme le crime nous a joints » : on ne peut que compatir aux passions mauvaises auxquelles se voue Médée. Lea Desandre y confirme nos espoirs et nos craintes. Actrice extraordinaire, il manque encore à son mezzo la maturité nécessaire pour faire éclore la sorcière surpuissante de la femme flouée. L’incarnation vocale restera univoque de « Un dragon assoupi » (Acte I) à « Quel prix de mon amour » (Acte III). McVicar lui oppose la blondeur, bien réservée, d’Ana Vieira Leite (Créuse).

Reinoud Van Mechelen est un Jason de rêve. Le haute-contre belge, à la diction impeccable, joue d’un physique avantageux pour incarner le séducteur opportuniste. Ses éclats, parfois tenorino, dépeignent parfaitement l’outrecuidance et l’égoïsme.
Face à lui, l’Oronte de Gordon Bintner se montre plus monolithique. En Nérine, Emmanuelle de Negri offre une présence intense et chaque petit rôle se montre brillantissime.

Médée ©-Elisa-Haberer

Il est vrai que dans la fosse le Surintendant William Christie veille à ce que cette partition, qu’il nous fit redécouvrir en 1984, soit donnée avec tous les égards. Les Arts Florissants, chœur comme orchestre, servent la musique de Charpentier avec ce qu’il y faut de tendresse et de vigueur. La salle, totalement sold out, a fait un triomphe à Médée. Ne reste plus dès lors à l’Opéra de Paris qu’à programmer un grand opéra de Lully (Amadis ? Roland ?), afin de rendre pleinement à César ce qui appartient à César. Ce qui n’est toujours pas le cas…

Médée ©-Elisa-Haberer