L’Enlèvement au sérail à la rencontre de l’histoire de Marvão

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Published On: 30 juillet 2024|
Temps de lecture : 3 minutes

Au Festival international de musique de Marvão, dans un décor unique magnifié par les couleurs intense du ciel portugais, l’Orchestre de Chambre de Cologne et Christoph Poppen donnent L’Enlèvement au Sérail de Mozart.

À Marvão (voir notre sélection des festivals de l’été), village perché qui tutoie à 860 mètres d’altitude le ciel bleu et pur de l’Alentejo portugais, la musique est en fête : on y célèbre le dixième anniversaire de son festival, avec pour la première fois un opéra, rêve du violoniste et chef allemand Christoph Poppen et de son épouse la soprano Juliane Banse, leurs créateurs. Le président de la République du Portugal Marcelo Rebelo de Sousa, s’est déplacé pour l’occasion (le festival étant placé sous son haut patronage) et a décoré Christoph Poppen de l’Ordre de l’Infant Dom Henrique, la plus haute distinction nationale.

« Ici, en écoutant le silence, la musique de Mozart est arrivée », nous avait confié ce dernier. Celles d’autres compositeurs vibrent depuis entre la roche granitique et les maisons d’un blanc éclatant du village fondé par les Maures au IXe siècle, repris par les chrétiens au XIIe, et devenu portugais au XVIIe, à seulement dix kilomètres de la frontière espagnole. Il n’en fallait pas davantage pour imaginer dans l’enceinte à ciel ouvert de sa forteresse, L’Enlèvement au Sérail. Le chef a fait appel à Sabine Theunissen, décoratrice et scénographe au talent reconnu internationalement, établie depuis une vingtaine d’années au pied du village. Créatrice des costumes, elle signe en outre une mise en scène qui tire le meilleur parti du lieu, ainsi que les textes du rôle parlé du Pacha Selim (magnifiquement dits en portugais par le comédien João Grosso), d’une saveur particulièrement appréciée ici. Avec des moyens loin de ceux des productions aixoises ou salzbourgeoises, les deux réussissent ce pari fou de monter une production scénique tout à fait convaincante et d’une belle fluidité, n’hésitant pas à relier le livret à l’histoire de Marvão et de son château, faisant aussi allusion à celle de son festival (« Tu sais qu’on l’appelle “Le nid des aigles”?. Ce n’est pas par hasard que s’accrochent ici les nuages venus d’ailleurs et qu’on célèbre la musique depuis dix ans… »)*, mais également à passer des messages aussi intemporels que dans l’air du temps (« Je vais vous mener dans une intrigue peuplée d’étranges figures, semer le trouble, le doute, lutter contre la pensée binaire qui gangrène les esprits, casser les certitudes et rendre justice à l’esprit, au respect de l’autre, des différences, à la liberté et à l’amour »)*.

Un décor unique

L’excellent Orchestre de Chambre de Cologne complice des chanteurs et partageant le plateau avec eux ne feint pas son plaisir et c’est un sentiment de jovialité et de légèreté qui traverse l’ouvrage mozartien dirigé avec grande finesse par Christoph Poppen. Sur fond de muraille et de donjon doré par la lumière du couchant, refuge de Konstanze dans ce palais bien gardé par Osmin, les personnages incarnés par les chanteurs-acteurs, et dans leur sillage la danseuse Cláudia de Serpa Soares – « l’anima » de Konstanze – évoluent avec aisance en dépit de l’étroitesse de la scène. Fort de sa voix de basse au timbre opulent, Yannick Spanier campe un truculent Osmin au caractère colérique et attachant. Patrick Grahl, ténor au timbre lumineux, est un remarquable Pedrillo dont la justesse de ton n’exclut pas l’humour. Il se fait l’allié de Belmonte que le ténor au timbre clair et pur Martin Mitterrutzner incarne avec raffinement et sensibilité. Heekyung Park prête sa voix acidulée à Blonde, jeune et espiègle servante dont le chant manque parfois d’assise. La noblesse d’expression, la beauté du timbre et des phrasés de Leonor Amaral en Konstanze ne s’épanouissent qu’une fois passé le premier air qui, chanté du haut de la muraille, révèle la ténuité de ses aigus. Quelques belles trouvailles de mise en scène, notamment celle impliquant le chef (Pedrillo saisit une bouteille d’alcool détenue par Poppen dans sa poche) apportent leurs touches subtilement humoristiques. Le spectacle réserve aussi des moments inoubliables : pure magie que l’apparition de ces deux grands aigles planant longuement au-dessus de la scène au premier acte, et plus tard, celle de la lune qui s’élève ronde et pleine au-dessus de la forteresse, ajoutant à la poésie enchanteresse de cette production.

* textes de Sabine Theunissen (paroles de Selim)

Pour plus d’informations

Festival de Marvão

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