Le pianiste norvégien connaît la musique de son compatriote sur le bout des doigts et nous fait visiter la « colline aux trolls » du compositeur. Magique.

Grieg ©Melissa Khong

Leif Ove Andsnes
Crédit photo : Melissa Khong

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Maison de Grieg

À dix kilomètres au sud de Bergen, surplombant le lac de Nordås, la villa de Grieg trône dans un havre sublime niché dans la nature. Pour y accéder, il faut suivre une route bordée de hêtres élancés, la lumière filtrée à travers le feuillage. Une promenade appréciée par les randonneurs et leurs chiens, car les voitures y sont rares et l’arrêt du tramway est bien loin. Les Grieg, Edvard et Nina, prenaient ce même chemin à pied ou en voiture à cheval, jusqu’à un pont décoré d’une balustrade de troncs de genièvre que le couple a fait bâtir lors de la construction de leur villa entre 1884 et 1885. C’est Nina qui baptisera cette demeure en bois « Troldhaugen », « la colline aux trolls », devenue la résidence principale du couple jusqu’à la mort d’Edvard en 1907. Leif Ove Andsnes connaît intimement cet endroit suspendu dans le temps, aujourd’hui transformé en musée dédié au compositeur.

Grieg ©Melissa Khong

Le pianiste garde une affection particulière pour le Steinway de Grieg, un modèle B lustré de 1892 offert pour les noces d’argent du couple et sur lequel il a enregistré, en 2001, une vingtaine des Pièces lyriques. « Ce piano possède des qualités extraordinaires – une sonorité très chaleureuse, des aigus cristallins qui sonnent comme des cloches, décrit-il. Les indications de pédale de Grieg, qui semblent tronquées à nos oreilles modernes, auraient plus de sens à l’égard de la palette de son piano, moins puissante que les instruments modernes. » L’intimité de cet univers sonore est palpable à travers l’enregistrement, livré avec simplicité et expressivité par celui qui a fait ses débuts avec l’unique concerto du compositeur et qui ne cesse de défendre cette musique exquise et trop souvent sous-estimée. « Certes, Grieg s’attachait à la forme de la miniature, explique-t-il. Nous le connaissons notamment pour ses courtes pièces. Mais il avait aussi un côté explosif que nous entendons dans son concerto, émaillé d’octaves et de passages virtuoses que Grieg avait assimilés de Liszt, qu’il connaissait et adorait. »

Au bout d’un chemin sinueux descendant de la villa, où s’ouvre un panorama magnifique sur le lac, nous tombons sur le chalet de travail d’Edvard, une cabane rouge si petite que l’on dirait une miniature. Nous imaginons le compositeur plongé dans cette tranquillité absolue, entouré de son piano droit de Brødrene Hals, un poêle à bois et une chaise à bascule. C’est ici, loin des bruits de la maison, que Grieg a couché sur papier le cinquième livre des Pièces lyriques et d’autres œuvres.

Grieg ©Melissa Khong
Grieg ©Melissa Khong

Si Troldhaugen accueille aujourd’hui visiteurs et mélomanes – une salle de concert a été ajoutée en 1985 –, le lieu a retenu l’image de son propriétaire, dont l’humilité, la simplicité et l’amour pour la nature résonnent dans sa maison et ses propos : « Des artistes comme Bach et Beethoven ont érigé des églises et des temples sur des sommets. J’ai voulu bâtir pour les hommes des demeures où ils soient heureux et se sentent chez eux ».