À l’Opéra national du Rhin, Karine Deshayes confirme ses talents d’actrice en campant une Norma éclatante dans une nouvelle production qui, elle, convainc un peu moins. 

Norma ©Klara Beck

Crédit photo : Klara Beck

Centenaire oblige, il apparaît qu’aujourd’hui, dès que l’on monte une œuvre emblématique de son répertoire comme Norma, c’est Callas que l’on se doit de mettre en scène. Ainsi en est-il à l’Opéra national du Rhin. Images de la diva projetées sur un écran dominant toute la scène où son double s’affaire, remuant souvenirs et photos, règne et défaites.

Assez illisible et encombré

Le fil conducteur de la production de Marie-Ève Signeyrole est un jeu d’unisson entre le destin de la prima donna et celui du personnage de Romani et Bellini, assumant les rapprochements simplistes. La prêtresse et la diva, trahies par Pollione et Onassis, et jalouses d’Adalgise et Jackie K. se confrontent aux rotations fastidieuses de trois tournettes surchargées, l’une avec loge (salle de répétition, scène et foyer), l’autre pour le bureau de la chanteuse et sur ce bureau, joujou rotatif. Lénifiant. Pour complexifier à plaisir, on ajoute la dystopie de l’occupation par l’Italie d’une Gaule contemporaine, où l’on brûle les théâtres et on résiste à l’envahisseur. Assez illisible au début, cela encombre inutilement, en phagocytant le propos musical pourtant nerveusement mené par Andrea Sanguinetti et un Orchestre symphonique de Mulhouse parfois un peu bruyant, pas le plus philologique qui soit, mais très expressif.

Une composition globale exceptionnelle

Heureusement, Signeyrole sait diriger ses acteurs, sans trop oublier que Norma parle avant tout de fascination du chant. Son premier mérite alors est d’avoir su faire de Karine Deshayes un brandon couvant puis explosif, pour mieux exposer un chant stylé, à l’aigu royal, aux coloratures sensibles. La composition globale est exceptionnelle et très personnelle, fragile et volontaire, face au fantôme de la diva omniprésente sur scène comme dans la mémoire auditive de nombre de spectateurs. Rien de plus opposé, en fait, de par la chaleur du timbre, sa rondeur, ses ombres claires – qui font qu’elle garde encore Adalgisa à son répertoire – mais aussi ses vraies couleurs de soprano. Une belle Norma, donc, qui plus est française, ce qui est, plus que rareté, exception. Avec une Adalgisa neuve, jeune, souple (Benedetta Torre, découverte de Muti), pas encore majeure, un ténor (Norman Reinhardt, qui naguère ne déméritait pas face à Bartoli au Théâtre des Champs-Élysées) défait d’aigu, transposant, chantant affreux, un bon Oroveso profond et sonore (Önay Köse), des chœurs investis, si ce n’est pas une immense soirée, c’est le sacre d’une artiste précieuse.

Strasbourg, Opéra national du Rhin, le 11 juin.