Une plongée romanesque dans l’œuvre de Richard Wagner et l’univers de ses passionnés.
Livre Bayreuth Wagner Roquin

Alors que, comme après chaque représentation, le célèbre critique musical Moshe Griebnisch s’apprête à pérorer, à distribuer les bons et mauvais points, devant un cénacle conquis d’avance, il se voit contesté par un jeune insolent. « Vous ne racontez que des conneries », lâche-t-il dans un large sourire. De cette joute, a priori seulement esthétique, sur le bien-fondé de telle ou telle mise en scène, sur le Regietheater, sur les distributions vocales, dérivera un récit familial et policier au suspense aussi réjouissant que bien construit.

Presque intégralement situé à Bayreuth, durant le festival, ce roman amusera les mélomanes qui y découvriront une critique de la critique et tiendra en haleine les passionnés de Wagner qui constateront un sérieux travail de documentation : les grands metteurs en scène tels Chéreau, Kupfer, Neuenfels, Lehnoff, Castorf, Lepage, Schenk sont évoqués mais aussi des moins célèbres comme l’Allemande Elke Neidhardt, active en Australie, ainsi que des chanteurs d’hier (Melchior, Lorenz, Windgassen) et d’aujourd’hui (Vogt, Stemme, Gould).

D’un Tannhäuser musulman à un Siegmund « figuré par une espèce de punk à chien » en passant par un dragon « ayant le visage d’Elon Musk » et une Erda « remplacée par une enceinte Google Home » Charlie Roquin, sans en avoir l’air, propose une réflexion autant sur la perception-réception contemporaine des œuvres du passé (un Ring « écologique ») que sur la passion wagnerienne qui fait perdre la raison. « Être wagnérien […] c’est faire d’une dizaine d’opéras […] la bande-son de sa vie. » Celle de Moshe Griebnisch va osciller entre majesté et sarcasme.

Pour plus d’informations :

Les maîtres de Bayreuth
Charlie Roquin

Le Cherche Midi
240 P., 20 €