Du 15 au 20 juillet se tiendra le troisième Congrès européen du Saxophone Eursax à Trente, en Italie du Nord. Parmi les délégations invitées figure la classe de saxophone du Conservatoire d’Aubervilliers-La Courneuve (CRR 93).

Saxophone Aubervilliers ©Erwan Fichou

Crédit photo : Erwan Fichou

Entourée de montagnes au cœur de la région du Trentin-Haut-Adige, au nord-est de l’Italie, la ville de Trente se prépare à accueillir des saxophonistes venus du monde entier, étudiants de conservatoires et solistes internationaux. La troisième édition du Congrès européen du Saxophone s’y déroulera pendant cinq jours avec un programme haut en couleur : masterclasses, conférences, expositions et concerts investiront les lieux les plus prestigieux de la ville. En reconnaissance de la notoriété et de l’excellence du CRR 93, les classes de saxophone d’Antonino Mollica et de Livia Ferrara ont été sélectionnées pour participer à ce congrès. « Un honneur », indique Yannick Renaud, étudiant saxophoniste au conservatoire. En tout, ils sont quinze à s’envoler pour Trente et représenter la France au Congrès.

Un projet d’envergure

Après six mois de préparation et des concerts organisés par les professeurs Antonino Mollica et Livia Ferrara pour contribuer au financement du projet, la délégation du CRR 93 se dit prête. Regroupées en un ensemble dirigé par Maxim Barlen, étudiant en direction au CRR 93, les deux classes de saxophone se produiront lors d’un concert donné dans une église, devant un public international. « La possibilité de jouer à l’étranger, cest merveilleux. Mais on est attendu au tournant. Il faut être à la hauteur », confie Yannick. « C’est normal d’être stressé, on l’est tous un peu, mais c’est une très belle expérience », ajoute Fu-Sen Wang, également étudiant en saxophone.

Le programme du concert, pensé pour représenter l’étendue du répertoire de l’instrument, inclut notamment une création de la classe de composition du conservatoire ainsi qu’une pièce récente, recourant au soundpainting. « Le programme n’est pas simple, tout n’est pas garanti. C’est très nouveau pour moi », précise le chef-étudiant Maxim Barlen, jusque-là davantage versé dans les formations symphoniques. « Travailler avec une batterie modifie le rôle du chef. Le projet ne réunit que des étudiants. Il ny a donc pas dorganisation verticale du professeur à l’élève. On avance tous ensemble. Cette formation plus petite permet de créer plus facilement du lien et d’établir un dialogue plus naturel entre les musiciens et le chef. Je leur sers mais qu’ils me servent également. »

Le projet s’inscrit dans une dynamique pluridisciplinaire, associant la classe de saxophone à celles de percussions, de composition et de direction. « C’est un moment de partage et d’échange », confirment les trois étudiants, une expérience durant laquelle se côtoient des mondes que l’on conçoit habituellement comme opposés.

Cinq jours d’échange et de découvertes

Sur place, les étudiants pourront profiter de masterclasses de virtuoses du saxophone et assister à une myriade de concerts organisés aux quatre coins de la ville. « Cest inspirant d’écouter des artistes de très haut niveau, on apprend énormément juste en les écoutant », indique Yannick. Côté direction, Maxim précise à son tour : « On pourra constater les différences culturelles entre les écoles mais également les styles de direction. C’est très intéressant d’aller voir ailleurs. »

L’événement prône l’échange et favorise la circulation des nouveautés. « En France, d’une ville à l’autre, les méthodes d’enseignement peuvent beaucoup changer, explique Fu-Sen. Cette différence sera encore plus marquée entre les pays, surtout au niveau des instruments. Il n’y a pas que Selmer ou Yahama qui développent des saxophones ! » Et Yannick de renchérir : « Jadore expérimenter du nouveau matériel, pour découvrir des potentialités de sons et des sensations nouvelles. »

Les lettres de noblesse du saxophone

Qui dit saxophone dit jazz. Mais pas que. « Lorsque lon parle de saxophone, on pense tout de suite au jazz. Le saxophone classique reste assez méconnu », confie Yannick. « On est plus facilement mis à l’écart du répertoire classique, on ne pense pas que le saxophone peut y trouver une place. C’est vrai que c’est un effort, il faut faire larrangement, et les gens n’ont pas automatiquement l’idée de se tourner vers le saxophone. Lavantage, cest que l’on peut créer la surprise. »

Le congrès offre alors au public une porte d’ouverture sur le répertoire pour saxophone, tout comme l’occasion de révéler la capacité, souvent négligée du fait de son invention tardive, en 1846, par Adolphe Sax, de l’instrument à s’approprier des pièces classiques. « Le saxophone reprend très bien les parties des cordes », souligne Maxim. Instrument souvent conceptualisé et contenu dans le milieu du jazz par le grand public, le saxophone, qu’il soit soprano, alto, ténor ou baryton, possède des caractéristiques de jeu qui le rendent adaptable à un grand nombre de formations. « L’instrument attire des profils beaucoup plus différents et variés que dautres instruments comme le violon ou le hautbois. Tout le monde na pas commencé par la voie classique du conservatoire à 6 ans », poursuit Maxim. Quant à la représentation du saxophone dans le paysage musical, Fu-Sen reste confiant : « La jeune génération est curieuse et se rend compte que le saxophone ne correspond pas à ce que voit le grand public. Les choses commencent à bouger. Mais cest aussi notre travail de les faire évoluer. »