Le Prophète au Théâtre des Champs-Élysées : Spes, Caritas, mais Fides ?
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Le rare plaisir d’entendre un opéra de Meyerbeer, servi, qui plus est, par une distribution de haut niveau et intelligible.
L’espoir, spes en latin, on peut toujours l’avoir : un Meyerbeer à Paris, certes en concert, moins de dix ans après le précédent (Les Huguenots à l’Opéra Bastille), voilà de quoi entretenir un semblant d’espérance. De quoi espérer que les beaux esprits de la capitale finiront par capituler et admettront qu’après le très lointain Robert le diable au Palais Garnier en 1985 (ajoutons-y Le Pardon de Ploërmel à Compiègne en 2002 pour faire bonne mesure), il n’est pas impossible de rejouer ces œuvres ailleurs qu’à Marseille – où l’on a vu deux Meyerbeer presque coup sur coup en juin et octobre 2023 – ou à Toulouse, le Capitole ayant osé présenter Le Prophète en 2017.
Fougue et coupures
L’amour, caritas, il y en a manifestement dans la direction à la fois précise et fougueuse de Marc Leroy-Calatayud à la tête de l’Orchestre de Chambre de Genève, même si c’est amputé d’une bonne heure de musique qu’il propose Le Prophète : par exemple, le Ballet des Patineurs n’a pas entièrement disparu, mais il est réduit à la moitié de ses numéros, et son quadrille est pris si vite qu’il devient difficile de marquer le contraste avec les mouvements prévus comme rapides par Meyerbeer. Même la fameuse Marche du Sacre perd un peu de sa gravitas lorsqu’on lui impose un tempo aussi guilleret.
Distribution francophone
Quel bonheur, pourtant, d’entendre cette œuvre servie et comprise par des francophones : la Nouvelle Maîtrise des Hauts-de-Seine et son merveilleux soliste soprano, l’Ensemble Vocal de Lausanne complété par des étudiants de la Haute École de Musique de Genève-Neuchâtel, et 90 % de la distribution. John Osborn est le chanteur meyerbeerien de sa génération – il était déjà Jean de Leyde à Toulouse – et même si les années ont fait perdre un peu de son aisance à l’extrême aigu, l’artiste demeure tout aussi convaincant dans son incarnation.
Questions de tessiture
Mais fides, ou plutôt Fidès, était-elle vraiment là ? Oh, tout ce que fait Marina Viotti dans le rôle est admirable : ses interventions sont superbement phrasées, chantées avec intelligence et émotion, nul ne le niera. Simplement, on attend pour la mère du Prophète une voix dont le centre de gravité se situe beaucoup plus dans les notes graves, un timbre de contralto. De ce fait, Berthe est aussi confiée à une voix plus légère qu’il ne le faudrait sans doute, même si, de son côté également, Emma Fekete est éblouissante dans la virtuosité.
Autour d’eux, on remarque Jean-Sébastien Bou, très à l’aise en Oberthal, et les trois beaux anabaptistes de Samy Camps, Marc Scoffoni et Christian Zaremba (on nous dit que ce dernier est « franco-américain », mais ses souvenirs de notre langue gagneraient à être un peu dépoussiérés). Gardons néanmoins la foi : un jour, l’Opéra de Paris redorera peut-être son blason en osant L’Africaine…
Paris, Théâtre des Champs-Élysées, le 28 mars 2026.
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