Le défi Strohl

Published On: 25 octobre 2024|
Temps de lecture : 2 minutes

Le voile se lève sur la compositrice française Rita Strohl : après l’audace, la démesure symphonique de son œuvre.

CHOC Rita Strohl Classica novembre 2024
Rita STROHL

(1865-1941)

Symphonie de la forêt. Mélodies avec orchestre. Yajnavalkya (Prélude acte II)
Marie Perbost (soprano), Lucile Richardot (mezzo-soprano), Orchestre national d’Île-de-France, dir. Case Scaglione
La Boîte à Pépites BAP 10. 2023. 1 h 14 MIN

CHOC_CLASSICA_NFCette fois, on entre dans le dur de l’œuvre énigmatique de Rita Strohl, dont on ne connaissait pas encore les pages les plus importantes. Avec la Symphonie de la forêt, on découvre donc un monde nouveau. Il s’agit d’une ample partition (environ trois quarts d’heure) composée au tout début du XXe siècle que l’on peut voir comme une succession de quatre poèmes symphoniques évocateurs des mystères sylvestres (L’Étang, L’Âme en peine, Marche funèbre d’un scarabée, Chasse à l’aurore – Aurore et Lever du soleil). Le langage de Rita Strohl ne doit à peu près rien aux tendances de la musique française de son temps et n’a rien à voir avec l’académisme classique façon Saint-Saëns ni avec les triturations formelles de l’école d’indyste ni avec les tendances modernistes de Debussy.

La compositrice prend son bien où elle le trouve, parfois hyperchromatique et vaguement wagnérien, parfois modal et l’on pense alors à une forme d’impressionnisme musical, parfois longuet, parfois cursif, parfois très clair, parfois un peu confus, mais toujours grave, sensuel et intéressant. Cette composition très originale ne s’imposa pas, ce que l’on peut comprendre vu l’exigence de l’œuvre – sans parler de la misogynie endémique de l’époque. Plus tard, elle poursuivit dans sa thébaïde de Bièvres, où elle avait aménagé un petit Bayreuth strohlien, le rêve d’une musique mystico-ésotérique, avec son Cycle chrétien, son Cycle celtique et son Cycle hindou, œuvres fleuves requérant des effectifs gigantesques qui ne furent ni éditées ni exécutées, du moins dans leur forme intégrale. Du Cycle hindou, on entendra le prélude de l’acte II de Yajnavalkya (un sage hindou ayant vécu, comme chacun le sait, au viiie siècle avant J.-C.). Les mélodies avec orchestre montrent un vrai talent dans ce domaine et une inclination vers Baudelaire et les poètes symbolistes. Marie Perbost et Lucile Richardot peuvent sans problème affronter le riche tissu orchestral qui les environne.

Il était impensable que la partie symphonique de cette musicienne de la démesure soit encore inconnue et il faut se féliciter que Case Scaglione et un Orchestre national d’Île-de-France superbe de raffinement et de lyrisme aient relevé ce défi, et que l’éditeur ait présenté ces pépites accompagnées d’un beau livret réalisé avec tout le soin musicologique indispensable.

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